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Cinéma

Une femme qui dort – à propos d’ Énorme de Sophie Letourneur

Critique

Comédie du renversement des genres, Enorme est aussi une mise à l’épreuve du cinéma. Comme dans La vie au Ranch (2010) ou Gaby, Baby Doll (2014), Sophie Letourneur met en scène une femme fatiguée, anomique, traversée par son art et par la vie, dont le salut repose sur la capacité à interpréter les signes ou non — ce qui est le travail même de la réalisatrice depuis ses débuts.

Le moins qu’on puisse dire est qu’Énorme n’est pas un film simple. Il ne se prête à aucune interprétation univoque, on sort avec un goût trouble de sa projection. La raison en est sans doute que son héroïne est la plupart du temps mutique, que ses motivations restent obscures aux spectateurs·trices. Contrairement à ce qu’indique son prénom, Claire n’a rien de clair – à moins qu’il ne faille supposer au contraire qu’elle est littéralement toute-claire, entièrement contenue dans sa surface et sans rien au-delà. Ce qui n’en pose pas moins, et de façon plus complexe, la question de sa « vérité » fictionnelle.

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Technique critique antique : réintégrer l’œuvre dans la série des films de l’auteure. On y reconnaîtra plusieurs thèmes récurrents depuis son premier court-métrage, La tête dans le vide (2004), dont la fatigue ou l’autonomie, mais déplacés et condensés, dilués, presque effacés e...

Eric Loret

Critique, Journaliste