C Critique

Littérature

Des vies à trois francs six sous – à propos de Nickel Boys de Colson Whitehead

Critique

La Dozier School for Boys, maison pénitentiaire de Floride, a été le théâtre de persécutions violentes et de crimes racistes. C’est dans ce lieu que Colson Whitehead place son nouveau roman, Nickel Boys, où il imagine la trajectoire du jeune Elwood Curtis, noir, condamné à tort dans les années 1960 pour un vol qu’il n’a pas commis. À l’instar du mouvement « Black Lives Matter », l’auteur dépasse le « post-racial », en rendant compte d’une réalité historique de persécutions, d’injustices et de crimes perpétrés à l’égard des Afro-Américains.

Colson Whitehead est l’homme de l’histoire. À croire que les forces qui traversent son œuvre depuis une vingtaine d’années sont les mêmes qui sourdent de façon souterraine dans la psyché américaine jusqu’à accompagner ses soudaines et criantes manifestations.

publicité

The Nickel Boys paru aux États-Unis en 2019, comme The Underground Railroad sorti trois ans auparavant, sont à la littérature afro-américaine ce que semblent avoir été, dans l’histoire de la contestation, le mouvement Black Lives Matter et, ce printemps, les explosions consécutives à la mort de George Floyd : une radicalisation et un coup d’arrêt porté à qu’on nommait jusqu’à présent le « post-racial », le « post-black » ou le « post-soul » et que Whitehead incarnait bien dans ses cinq premiers romans, The Intuitionist (1999), John Henry Days (2001), Apex Hides the Hurt (2...

Béatrice Pire

Critique, Maîtresse de conférences-HDR en littérature américaine