Littérature

Une autre histoire romanesque du Japon – sur Terre tranquille de Natsuki Ikezawa

Écrivain

Avec Terre tranquille, Natsuki Ikezawa incarne ce que le prix Nobel de littérature Kenzaburô Oé a nommé l’« auto-affirmation critique de la culture » à l’œuvre dans le roman japonais moderne. Ses personnages principaux, deux enfants de samouraïs exilés, prennent le contrepied des rapports sociaux imposés par l’entreprise coloniale et débusqués par ce contre-roman national.

Le Roman, on l’a beaucoup dit, raconte une autre histoire que l’Histoire officielle : l’histoire des vaincus ou des exclus, des minoritaires et des marginaux, de tous ceux qui furent réduits au silence et auxquels l’écrivain prête alors sa voix.

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De la grande fresque en laquelle consiste la Fable majuscule que confectionne l’historien, le romancier, dans ses fictions, illumine l’envers et il montre les marges, il la conteste autant qu’il la complète, en fait apparaître la trame et en rétablit la vérité contradictoire et complexe. Sur une telle conviction, nul n’aura manqué de le remarquer, pour le meilleur comme pour le pire, à chaque rentrée littéraire, repose une bonne partie de ce qui se publie désormais un peu partout sous l’appellation de « roman » et qui prétend, sur le papier et par le papier, redresser les torts que subirent ou subissent les victimes d’hier ou celles d’aujourd’hui.

Je passe sur les simplifications que suppose une semblable conviction – aussi justifiée qu’elle soit – et sur les problèmes que, parfois, elle pose aussi. Mais, il importe de ne pas l’oublier, elle ne s’applique pas moins aux littératures lointaines qu’à la nôtre. Même si, par méconnaissance de ces littératures lointaines ou bien par préjugé à leur égard, a contrario, nous nous imaginons souvent qu’un roman japonais, chinois ou indien, par exemple, au lieu de raconter une autre histoire que l’histoire officielle, en serait – forcément et exclusivement – l’expression univoque, l’édifiante illustration voire la quintessentielle émanation de son « âme » propre, ne valant, en conséquence, que par le reflet fidèle que, dans le miroir de son récit, ce roman offrirait de la culture à laquelle il est lié – et moins d’ailleurs de cette culture elle-même que de la vision simplificatrice et stéréotypée qui, souvent, prévaut encore chez nous et qui, selon les increvables conventions d’un certain exotisme, la réduit à un pur pittoresque de pacotille.

Déconstruire l’identité japonaise,


[1] Terre tranquille, paru en août, est cependant un livre ancien, publié au Japon en 2003. Mais se trouve également annoncée, dans une traduction de Jacques Lalloz aux Éditions d’Est en Ouest, la sortie d’un ouvrage plus récent : Atomic Box (2014), que l’on peut imaginer, d’après son titre, en relation avec la catastrophe (toujours en cours) de Fukushima. On lira également un entretien récent accordé par Ikezawa à Zoom Japon et qui donne toutes les informations relatives aux rencontres prévues avec l’auteur à l’occasion de sa venue en France en octobre.

 

Philippe Forest

Écrivain, Romancier, essayiste

Notes

[1] Terre tranquille, paru en août, est cependant un livre ancien, publié au Japon en 2003. Mais se trouve également annoncée, dans une traduction de Jacques Lalloz aux Éditions d’Est en Ouest, la sortie d’un ouvrage plus récent : Atomic Box (2014), que l’on peut imaginer, d’après son titre, en relation avec la catastrophe (toujours en cours) de Fukushima. On lira également un entretien récent accordé par Ikezawa à Zoom Japon et qui donne toutes les informations relatives aux rencontres prévues avec l’auteur à l’occasion de sa venue en France en octobre.