Arts visuels

Une géométrie élémentaire – sur un livre et une exposition de Wassily Kandinsky

critique

« C’est là que j’ai appris non pas à regarder un tableau de l’extérieur, mais à me mouvoir dedans », écrit Kandinsky dans Les Marches, récit autobiographique nouvellement traduit tandis qu’est exposé « Kandinsky. La Musique des couleurs » à la Philharmonie de Paris. Un texte fait d’une succession d’illuminations au sens rimbaldien et une exposition pour revenir aux éléments qui composent ses univers visuel et sonore. On voudrait nous aussi nous « mouvoir dedans ».

       « Des rêves d’une grande dureté… Et des rochers qui parlent…
Des blocs immobiles aux étranges questions…
Le mouvement du ciel… et la fusion des pierres…
[…] Ténèbres impénétrables un jour de grand soleil.
Ombre claire qui transperce la plus noire des nuits. »

Ces vers sont de Wassily Kandinsky. Ils ont été écrits en 1909 par l’artiste qui entrevoyait un nouveau type de théâtre, imaginant une « composition scénique » intitulée Sonorité jaune, d’un genre tellement inédit qu’elle ne vit jamais le jour de son vivant. Dans la nouvelle traduction de son récit autobiographique, Les Marches (Verdier, 2025), ces mêmes vers figurent à la fin du livre, mais ils ne scellent pas le texte de Kandinsky, ils scellent la postface de la traductrice, Catherine Perrel. Les lignes qui suivent descendront donc les marches en sens inverse : elles commenceront par cette dernière partie, poursuivront par le texte de Kandinsky et finiront par l’exposition qui a lieu à la Cité de la musique, à Paris, illustration tangible et sonore des « étranges questions » colorées que dessina cet homme, né à Moscou en 1866, condamné à de nombreux exils, et mort à Neuilly-sur-Seine en 1944.

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En France, parmi les personnes qui apprécient l’œuvre de Kandinsky, beaucoup ont sans doute lu, ou entendu parler, de Regards sur le passé, son récit autobiographique traduit à deux reprises : en 1946, par Gabriële Buffet-Picabia (Regard était au singulier), puis en 1974, par Jean-Paul Bouillon (Regards était au pluriel). Aujourd’hui, ce même récit s’intitule Les Marches, un choix que justifie Catherine Perrel dans sa postface. Elle y livre une leçon étonnante sur la traduction, mais une leçon empreinte d’une joie qui s’accorde aux courants aériens qui traversent l’œuvre du peintre. Vous avez sans doute remarqué que le sujet « traduction » est dans l’air du temps. La traductologie essaime en suivant le mouvement né à la fin du XXe siècle : mondialisation, multiplication des échanges textuels. Des débats


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice