Un nouveau roman – sur Viens Élie de Jonas Sollberger
Cela peut ressembler à un mantra un peu trop facile, que l’on répète comme on radote, mais tant pis : on aime les premiers romans, et l’espèce de défi qu’ils nous lancent, surtout si l’on ne sait à peu près rien de leur auteur.

C’est le cas pour Jonas Sollberger, qui publie aux éditions de Minuit un très beau livre, bref et saisissant, Viens Élie. Ce titre est déjà une invitation que l’on prend pour soi : viens et lis, semble nous dire cette voix inconnue, celle d’un jeune homme de 25 ans dont on apprend seulement, selon les maigres informations fournies par son éditeur, qu’il a grandi dans une communauté évangélique avant de la quitter à sa majorité pour étudier la littérature à Bienne, en Suisse.
L’éditeur en l’occurrence n’est pas n’importe qui, et sans doute faut-il revenir un instant sur le rapport particulier de Minuit aux premiers romans : on pourrait presque s’amuser à dire que la maison à l’étoile bleue de la rue Bernard-Palissy a toujours eu l’art de découvrir de nouveaux romans – pas seulement ceux du fameux mouvement auquel son histoire est souvent associée, où l’on classa ensemble Claude Simon, Alain Robbe-Grillet, Robert Pinget, etc. On se souvient, en effet, que du temps de Jérôme Lindon, puis de sa fille Irène, qui vient de mourir et les dirigea seule à partir de 2001, les éditions de Minuit furent celles dont on attendait avec une impatience spéciale, à chaque saison, une nouveauté, une surprise, une révélation… Parce que la maison a toujours publié assez peu de livres, et qu’ainsi les primo-romanciers y ressemblaient plus qu’ailleurs à des élus, le titre du roman de Jonas Sollberger peut s’entendre encore d’une autre façon, comme une invitation à élire le texte qu’il nous propose : viens Élie, et lis-moi, élis-moi…
Il serait vain de jouer davantage des homophonies, mais il est plaisant de signaler que Thomas Simonnet, qui a succédé en 2021 à Irène Lindon à la tête des éditions de Minuit, retrouve par là quelque chose de l’excitation que l
