Habiter dans le trouble – sur Les Habitantes de Pauline Peyrade
Après La Maison hantée de la regrettée Michèle Audin et La Maison vide de Laurent Mauvignier, à l’accueil particulièrement fort, les Éditions de Minuit publient à cette rentrée de janvier 2026 le second roman de Pauline Peyrade, Les Habitantes. Ces titres indiquent une insistance contemporaine autour de la question de l’habiter.

Mais si Michèle Audin et Laurent Mauvignier écrivaient l’attachement à un lieu dans le long cours de l’Histoire, avec les spectres des guerres, Pauline Peyrade compose davantage une communauté féminine en refus et en marge des socialités imposées, dans une attention sensorielle à l’intensité des paysages et une disponibilité à la force des sensations.
En marge des villes, Emily vit avec sa chienne Loyse dans une maison entourée par la forêt et les étangs, que lui a léguée sa grand-mère Moune. C’est là qu’elle a grandi, qu’elle a constitué son territoire à force de promenades et de baignades dans l’étang, qu’elle a rassemblé une communauté amicale auprès d’Aude et de sa chienne Baba, dans une ferme voisine. Mais cette transmission matrilinéaire est menacée par le courrier du père, parti refaire sa vie, et qui veut vendre la maison : ces lettres du père tantôt menaçantes tantôt séductrices viennent rappeler à un ordre juridique du monde au mépris de la transmission par les gestes et le cours des habitudes.
Avant d’entrer dans le territoire d’Emily et de sa chienne Loyse, patientons un peu sur le seuil du roman : c’est un lieu magnétique, qui oriente la lecture comme une boussole. Et d’autant plus que c’était déjà dans une citation en exergue de Virginia Woolf que Pauline Peyrade avait emprunté le titre de son premier roman : L’Âge de détruire (Goncourt du premier roman). Raison de plus de patienter au seuil que le roman s’écrit au croisement d’une double citation en exergue :
