Éternel apprenti – sur Baise-en-ville de Martin Jauvat
Des images de l’espace. Une galaxie en rotation, un trou noir qui se met en mouvement, spirale qui se prolonge sur … l’évacuation du siphon de la baignoire. Les trois premiers plans de Baise-en-ville accolent le macro et le micro, le cosmique et le trivial.

Dans la baignoire est assis Sprite (surnom de Corentin Perrier, rapport à la boisson gazeuse), interprété par le réalisateur Martin Jauvat, un jeune homme qui garde la tête dans les étoiles quand sa vie de jeune adulte fuit de tous les côtés. 25 ans au moins, toujours chez ses parents, sans copine, sans boulot ni projet, à part celui de supporter Manchester United (dont il continue à arborer fièrement le maillot, on admire l’abnégation). Quelle est sa place dans le monde ? Celle d’un fluokid à lunettes, un peu vieillissant déjà, promis à l’impasse ?
Au moins, cet anti-héros sait d’où il part : d’une étrange position méditative, sous les combles d’un pavillon de Seine-et-Marne, agenouillé dans une baignoire qui a perdu sa bonde. C’est sa mère qui lui a confisqué l’accessoire pour qu’il arrête de rêvasser des heures dans son bain et se bouge enfin un minimum. On a vu des films partir sur des prétextes un peu plus fournis. Mais choisir le dérisoire, le chérir même, c’est aussi faire confiance à son instinct de cinéaste : rien n’est assez mince pour que la fiction embraye. Et Martin Jauvat sait d’où il part, sait d’où il filme : de son quotidien d’habitant des zones périurbaines (plus précisément Chelles, Seine-et-Marne, 77 500), et d’usagers des transports.
Les temps longs passés sur les banquettes des bus et RER sont aussi de formidables stimulants à la rêverie et à l’imagination. Ainsi, Sprite n’a qu’à pousser la grille de la maison familiale, pour s’aventurer dans un environnement à la fois familier et discrètement réenchanté. Saisi par des fréquentes vues au drone, cette nappe de petites maisons et jardinets a déjà les allures d’une maquette géante, un décor d’aventures et d’initiation. Et magie supplé
