Littérature

La guerre, le silence, les vides – sur Personne ne demandera rien de Serhiy Jadan

critique

Douze nouvelles brèves composent Personne ne demandera rien : toutes se déroulent à Kharkiv, en temps de guerre. L’écrivain ukrainien Serhiy Jadan y saisit des situations ordinaires rendues particulières par le conflit, à travers des personnages sans âge et une écriture imagée et vivace. Attentive aux détails, elle permet de laisser la guerre affleurer sans jamais la commenter.

Si le genre de la nouvelle a mauvaise presse parmi les éditeurs, c’est pour des raisons purement pécuniaires, ou à cause d’un préjugé sot. Lisez les douze nouvelles qui composent le recueil intitulé Personne ne demandera rien, vous comprendrez. Elles ont été écrites par Serhiy Jadan, un écrivain ukrainien né en 1974 dans le Donbass, puis installé dès ses études à Kharkiv, là où se passent toutes les séquences de son livre.

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Et elles concentrent tout son art, son humanité et sa justesse comme on parle de la justesse d’un artiste à qui l’on donne un crayon : d’une feuille blanche, d’un trait, d’un deuxième, d’un troisième… naissent un personnage, deux personnages, un bourgeon d’histoire.

Mais il faut d’abord le présenter un peu plus amplement, Serhiy Jadan. Chez lui, en Ukraine, il est extrêmement connu, reconnu et aimé car il a longtemps sillonné son pays pour lire, chanter, réciter des vers et diffuser son goût pour la liberté. Il est né assez tôt pour avoir connu la dureté couleur d’acier de l’URSS et il défend une forme d’anarcho-syndicalisme. Avant l’invasion de février 2022, il œuvrait aussi au Bélarus et en Russie où il fut accusé d’« activités terroristes » et interdit de séjour dès 2015. Les autorités post-soviétiques ont compris la force qu’il représente. Ses talents sont multiples, il est à la fois poète, romancier et chanteur de rock, c’est une grande voix au sens propre, dissidente et résistante.

Et une voix courageuse. Serhiy Jadan s’est engagé pour défendre son pays en 2024. Lui qui était plutôt considéré comme un porte-parole générationnel, lu et écouté surtout par des gens dans la force de l’âge, il est devenu celui d’une Ukraine qui lutte pour préserver sa jeunesse et son indépendance (ainsi que la nôtre, nous autres Européens). Comme si l’énergie de ceux qui le lisent et l’écoutent rejoignait celle de ceux qui se battent.

C’est une des choses qui frappe dans les douze nouvelles de Personne ne demandera rien, la plupart des protagonistes son


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice

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Mots-clés

Guerre en Ukraine