Littérature

Le mélange des genres – sur Protocoles de Constance Debré

critique

Avec Protocoles, Constance Debré prétend donner à voir la mécanique froide de la peine de mort américaine. Mais derrière l’accumulation de documents et de détails cliniques, quelque chose résiste. À force de tout mêler, le livre interroge moins la violence du réel qu’il ne révèle les ambiguïtés contemporaines de la littérature du réel et de sa réception.

En France, qui suit l’actualité de ce début d’année 2026 peut difficilement échapper à un des micro-événements qui font cette actualité : la publication du nouveau récit de Constance Debré, intitulé Protocoles. La jeune femme est partout : son nom, son prénom, son image, sa voix, ses audaces plus si audacieuses que ça. Les journalistes raffolent de ce type d’écrivaine et c’est normal. Ils contribuent largement à fabriquer les personnages qui peuplent notre quotidien et notre imaginaire, pour un temps souvent bref. L’actualité va vite. Dans ce tourbillon-là, pourtant, un sentiment de gêne est né en nous, un léger malaise. 

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Car le livre de Constance Debré ne traite pas de n’importe quel sujet. Il traite de la peine de mort telle qu’elle se pratique aux États-Unis aujourd’hui. Et il traite de son aspect purement protocolaire, pratique, méthodique et, un peu, juridique. Nous sommes aux antipodes du si beau livre de Truman Capote, De sang-froid, fruit d’une longue enquête et d’entretiens approfondis avec deux condamnés à mort : le livre a marqué l’histoire du journalisme littéraire et l’inverse, celle de la littérature du reportage, comme il a marqué la vie de son auteur.  

Constance Debré est avocate de formation et de métier, elle s’est concentrée sur le mode d’emploi de la peine de mort aux États-Unis et entend faire valoir la barbarie et l’horreur de cet usage. De ce point de vue, on ne peut pas lui reprocher d’être ambiguë. Robert Badinter est récemment entré au Panthéon, c’est à lui que nous devons l’abolition de la peine capitale, son livre tombe donc à point nommé, même s’il s’agit sans doute d’une coïncidence. En revanche, on peut lui reprocher une manière de paresse, de facilité. Un tiers environ de son livre (court puisqu’il comprend 137 pages aérées) est composé d’extraits de protocoles de peines de mort que l’on trouve sur Internet. Vous me direz que tout est dans l’art du découpage et du montage, et vous n’aurez pas tort. En 2026, tout lecteur un


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice

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