Littérature

Héritages de haute valeur – sur Les Précurseurs de Loïc Merle

Journaliste

Après avoir publié quatre romans, Loïc Merle raconte dans ce récit comment sa grand-mère, qu’il peint en héroïne du quotidien, et le journal de Jean-Luc Lagarce lui ont permis de devenir qui il est. C’est-à-dire de s’autoriser, et en l’occurrence de prendre du champ avec sa famille, précisément.

Jusqu’ici, Loïc Merle avait publié quatre romans brassant nombre de thèmes d’envergure. Le dernier en date notamment, Provinces de la nuit (2023), consacrait une grande place aux attentats du 13 novembre 2015. Puis voici Les Précurseurs, dont le genre littéraire est défini ainsi sur la page de titre : « Évocation ». Le livre raconte essentiellement les relations qu’il entretenait avec sa grand-mère, Augusta.

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Or, l’auteur semble ne pas avoir tenu l’existence de ce livre comme une évidence. Il s’interroge sur le tournant qu’il prend ici par rapport à ces romans précédents[1] : « Est-ce ainsi quand on commence à vieillir, et qu’on se lasse de courir comme un chien de ferme après les grands sujets, l’actualité qui vrombit et passe ? Retard pris, dès le départ sur la marche du présent, la déception me poussant au retour à la généalogie, aux ancêtres sûrs – autre forme de fiction. »

Qu’il se rassure – mais il n’est certainement pas sans le savoir, comme tous les amateurs de littérature : les grands thèmes ne font pas forcément les grandes œuvres. Idem au cinéma, où les films dits « à sujet » abondent dont nombre laissent sceptiques focalisés qu’ils sont sur le dossier que leurs réalisateurs se sont donné à traiter. Un livre ayant pour visée sa grand-mère peut aussi avoir une dimension existentielle, posant des questions sur sa présence au monde, l’empreinte qu’elle imagine y laisser ou la manière dont elle a été affectée par les différents changements d’époque. Autrement dit un livre qui dépasse largement la seule dimension intime. C’est exactement le cas des Précurseurs.

Autre scrupule formulé par Loïc Merle : ne va-t-il pas à l’encontre de ce qu’aurait été la volonté de sa grand-mère en la dépeignant dans un livre ? « J’espérais une permission que personne ne pouvait m’accorder, peinant à concevoir ce que ma grand-mère aurait dit, flattée ou insensible, probablement fâchée : Surtout, ne va pas m’enfermer entre les pages d’un bouquin. » Ces interrogations, trop


[1] Tous chez Actes Sud.

Christophe Kantcheff

Journaliste, Critique

Notes

[1] Tous chez Actes Sud.