Hölderlin ne l’avait pas vu venir – sur L’Enthousiasme de Carole Boinet
L’Enthousiasme, premier roman de Carole Boinet paru aux Éditions Stock, met en scène un personnage de femme en tension : addicte au sexe et à l’alcool, mélangés, elle fuit la vie parisienne pour se réfugier en Bretagne, dans la maison désormais vide de sa grand-mère. Mais est-ce véritablement une fuite, ou une ultime façon d’affronter ses démons, son passé, et plus généralement de se plonger – comme l’on va au combat – dans la tragédie violente et systémique des rapports entre les hommes et les femmes ?

C’est une narration tempétueuse, obsessionnelle et implacable, qui nous raconte à la troisième personne l’introspection pourtant essentiellement intime de ce personnage de jeune femme, journaliste, élevée par sa grand-mère en Bretagne et installée à Paris. Viscérale, inside-out : où la question du bien et du mal, ceux que l’on fait et ceux que l’on se fait, est abordée hors de tout jugement moral, examinée sans concession. Cette intimité-là, d’une femme sur une falaise bretonne – c’est-à-dire au bord du gouffre –, c’est la nôtre, à toutes, à tous. Il nous faudra nous y jeter avec elle, passer par la machine à laver d’un flux de pensée éreintant – car il n’en faut pas moins pour contempler l’insupportable état des lieux.
L’introspection est un sport de combat
Elle fuit Paris, la baise à tout va, la gueule de bois qui se guérit par le verre du lendemain, les hommes sans capote et les coups sans jouissance, pour retrouver son enthousiasme. Elle tue un chien par accident. Elle affronte son addiction à deux têtes, ses désirs et ses contradictions. Elle n’est que sexe et c’est pourtant l’amour – ou sur l’amour – qu’elle doit écrire, pour les besoins d’un livre commandé par une éditrice. À la recherche d’un souvenir qui sous-tend tout le roman, elle arpente la maison de sa grand-mère et son passé dans un même geste. Elle emporte une petite valise seulement, alors qu’elle ne sait pas quand, ni si elle rentrera.
Pas besoin d’une grosse valise, pensons-nous : la têt
