Littérature

M & M – sur des œuvres de Thomas Mann et Curzio Malaparte

Écrivain

L’œuvre de Thomas Mann (1875-1955) vient d’entrer dans le domaine public, si bien que commencent à paraître de nouvelles traductions de ses livres en français, parmi lesquelles celle des Buddenbrook par Olivier Le Lay. Relire ce roman de jeunesse, et pur chef d’œuvre, c’est en mesurer toute l’actualité et éprouver un saisissement que l’on retrouvera, d’une autre façon, avec les textes de Curzio Malaparte (1898-1957), également republiés aujourd’hui à la faveur d’un fort volume de la collection « Quarto ». Mann et Malaparte : nos plus avisés contemporains ?

Relire ? Peut-être est-ce quelque chose comme un plaisir que permet simplement le fait de vieillir : non pas une coquetterie pour nourrir la conversation (on relit toujours ses classiques), plutôt comme un impérieux besoin d’y revenir.

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Et parfois les circonstances éditoriales y invitent, merveilleusement : c’est le cas aujourd’hui avec la publication conjointe d’une nouvelle traduction des Buddenbrook de Thomas Mann et d’un épais « Quarto » qui réunit sous le titre Exils des œuvres majeures de Curzio Malaparte (dont les pics absolus que sont Kaputt et La Peau, plus quelques inédits en traduction, et aussi le formidable Journal d’un étranger à Paris que tint l’auteur à la fin des années 1940).

Les deux écrivains ne sont pas de la même génération, puisque Mann est né en 1875, soit plus d’une vingtaine d’années avant Malaparte (en 1898), mais ils meurent presque ensemble (le premier en 1955, le second en 1957), et ils ont en commun d’embrasser pour ainsi dire l’histoire tourmentée de la première moitié du XXe siècle, d’une guerre à l’autre. Surtout, ce qui frappe, à les relire aujourd’hui, même en considérant une partie seulement de leur production, c’est à quel point ils peuvent être nos contemporains. Bien sûr, cela ressemble à un cliché, on l’admet volontiers, de présenter comme actuelle la grande littérature du passé ; mais se replonger aujourd’hui dans les textes de Mann et Malaparte est une expérience tellement saisissante qu’elle mérite bien qu’on s’y arrête quelques instants.

Cette expérience, notons-le encore, n’est pas tout à fait du même ordre pour les deux auteurs. Dans le cas de Mann, c’est à travers une nouvelle traduction (de l’excellent et incontournable Olivier Le Lay) que nous revient Les Buddenbrook, conformément à cette espèce de tendance contemporaine au dépoussiérage, pour le dire trop vite, qui nous avait déjà valu par exemple une nouvelle version en français de La Montagne magique (par Claire de Oliveira) : c’est un très beau travail é


Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire