Chute dans le ciel – sur Works de Vitaliano Trevisan
«À un moment donné, j’en ai eu assez. J’étais fatigué de m’acharner sur les pédales pour ne pas rester à la traîne, en sachant parfaitement que, de toute façon, en dépit de tous mes efforts, je me ferais inexorablement semer. Même dans les descentes, je me faisais semer. Le problème, ce n’était pas moi, mais cette connerie de bicyclette de fille, modèle dit américain […], sans dérailleur ni barre. » Ce sont là les premières lignes de Works, de Vitaliano Trevisan, dont les premières pages ont été publiées en bonnes feuilles ici même en décembre.

Les lecteurs d’AOC, dès lors, le savent déjà ou peuvent immédiatement le vérifier : menées tambour battant, et battant façon jazz du meilleur cru, ces premières pages sont d’une vigueur d’entraînement et d’une vitalité si puissantes qu’elles vous précipitent à l’assaut de ce pavé de grand format – un peu plus de sept cents pages, tout de même, qu’ont traduites avec souffle et en belle harmonie Christophe Mileschi et Martin Rueff.
Et, certes, dans les livres comme dans la vie, il faut parfois se méfier de la première impression, mais en vérité cette dernière est rarement trompeuse et certainement pas ici. La dynamique est ici bien trop marquée, de toute façon, pour que l’on craigne sérieusement d’être tôt ou tard détrompé. On a rarement lu pareil coup d’envoi, gorgé d’humeurs à fleur de phrases pour nous entraîner dans une histoire de vélo de la honte qui semble nous éloigner du « sujet » affiché par le titre du livre et cependant nous y mène tout droit et à toute allure : puisque, confronté aux récriminations de l’adolescent, le père, à rebours de la scène de colère attendue, en prend acte avant d’amener le narrateur, non pas chez un marchand de vélo comme il l’espérait, mais chez l’un de ses amis fabricant de cages pour oiseaux afin qu’il y travaille tout l’été et puisse le payer lui-même, ce vélo, puisqu’il le désire tant – à quatorze ou seize ans il est temps de comprendre d’où « ça vient », l’argent qui ne tombe
