Cinéma

Encore un effort pour être révolutionnaire – sur Bourgeois Gaze de Rob Grams

Critique

C’est les Césars : moment idoine pour se pencher sur l’essai du journaliste de Frustration Magazine qui entend démontrer que le cinéma, art populaire, aurait été « confisqué » par la bourgeoisie culturelle. S’inscrire en faux contre ce concept (davantage publicitaire que sémiologique), est-ce se satisfaire d’un cinéma comme « art bourgeois » ? Au contraire. Démonstration ci-dessous.

«Comment les bourgeois manipulent le cinéma ». C’est le titre d’une vidéo d’alerte, trônant en page d’accueil du site Frustration Magazine, autoproclamé « média de la lutte des classes ». Bigre ! Qu’avons-nous fait durant toutes ces années, toutes ces décennies même ? Suivre l’actualité cinématographique, écouter avec attention des cinéastes, lire et même écrire sur des films adorés ou détestés, tout cela en pure perte ? Avant de regarder, de réfléchir, de s’interroger sur le cinéma, nous aurions déjà dû nous rendre compte de l’entourloupe opérée par une classe dominante. Comment avons-nous pu, à ce point, rester de tels complices tacites ?

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Heureusement, Rob Grams, rédacteur en chef adjoint de Frustration Magazine est là pour nous ouvrir les yeux. À lui, on ne la fait pas ! Tel John Nada, le héros ouvrier anar d’Invasion Los Angeles[1] (John Carpenter, 1988), il a trouvé une paire de lunettes magiques qui lui permet de révéler le sombre dessein qui se cache derrière la production annuelle de près de 150 longs-métrages en France[2] : imposer le « bourgeois gaze ».

Bourgeois Gaze, c’est donc le titre de son essai qui prolonge une série d’articles publiée à partir de juin 2021 sur Frustration Magazine, pourfendant la mainmise d’une classe privilégiée sur la production du cinéma français. Le premier implicite de la démonstration, c’est que le cinéma se voit alors considéré comme un bloc insécable, réduit à un instrument de propagande au service des dominants, lesquels le financent, le fabriquent, le programment (en festival) et le promeuvent (dans les médias mainstream). Une boucle infernale, maintenant le cinéma dans son entre-soi de privilégiés, loin des préoccupations du public et cherchant surtout à l’endormir politiquement et socialement. Vraiment ?

Si la thèse rencontre tout de même un certain écho, eu égard aux recensions assez complaisantes de l’ouvrage, aussi bien dans les podcasts et chaînes YouTube militantes que dans des médias à plus forte audienc


[1] Dans cette jouissive fable de SF, John Nada, un ouvrier errant arrive dans la Cité des Anges et trouve une paire de lunettes magiques qui lui permet de voir le vrai visage des yuppies reaganiens et autres dominants : des zombies extra-terrestres.

[2] La charge de Grams vise essentiellement le cinéma français, même si elle fait appel çà et là à quelques autres exemples internationaux.

[3] Dossier « Le vide politique du cinéma français », Cahiers du Cinéma, n° 714, septembre 2015, ainsi que « Vide politique – droit de suite » par Jean-Philippe Tessé, Cahiers du Cinéma, n° 719, février 2016.

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Notes

[1] Dans cette jouissive fable de SF, John Nada, un ouvrier errant arrive dans la Cité des Anges et trouve une paire de lunettes magiques qui lui permet de voir le vrai visage des yuppies reaganiens et autres dominants : des zombies extra-terrestres.

[2] La charge de Grams vise essentiellement le cinéma français, même si elle fait appel çà et là à quelques autres exemples internationaux.

[3] Dossier « Le vide politique du cinéma français », Cahiers du Cinéma, n° 714, septembre 2015, ainsi que « Vide politique – droit de suite » par Jean-Philippe Tessé, Cahiers du Cinéma, n° 719, février 2016.