Faire sécession – sur Love Supreme d’Olivier Cadiot
Il y a un an, presque jour pour jour, Olivier Cadiot, poète, écrivain et traducteur, faisait paraître Départs de feu. Il y était question de chute, d’escalier, une image qui convient à la forme de son écriture la plus récente : les marches y sont nombreuses, agencées avec un négligé étudié qui est un des ressorts de son rythme et de son art de la dérision.

Son dernier livre, Love Supreme, est fidèle à cette mécanique stylistique, mais ce n’est plus l’escalier qui domine. C’est l’immeuble : tout un immeuble, de la cour jusqu’au dernier étage, et tous ses habitants, ses habitantes, dont lui-même, déguisé sous la cape appelée « je ».
Un immeuble, comme il le rappelle en rebondissant sur les sons, c’est immuable. Non seulement c’est un objet qui résiste, mais c’est un lieu d’observation idéal de soi-même et des autres. Le monde y est réduit à la taille d’une grande boule de neige que lui-même peut agiter, modeler et remodeler à sa guise, suivant les accidents de sa poésie-prose à la cadence saccadée.
Il y a longtemps que les ruptures de ton et les zeugmas sont la signature d’Olivier Cadiot et de la dimension extravagante de ses livres. Ces cassures sont d’autant plus visibles et marquées dans ses derniers « romans » qu’il joue largement des retours à la ligne et de l’effet cascade et discontinuité que ceux-ci produisent. Son écriture est peu compacte. Il est interdit de s’y installer et d’y couler des heures alanguies. Elle finit pourtant par former une musique, même si on pourrait lui retourner la saillie qu’il fait à propos de Victor Hugo, lequel a vécu dans l’immeuble qu’il habite, lui annonce son amie la gardienne : « On comprend Victor d’avoir choisi d’habiter ici – vu son obsession d’écrire comme accroché à une falaise. » Alors, falaise romantique ou falaise moderne-post-moderne ?
Love Supreme a beau être proche de Départs de feu du point de vue formel, l’histoire, car il y a bien une histoire, est différente. Elle est moins autobiographique. La famille,
