Jacques Dubois : mort d’un personnage
À Michou, Bernard et Françoise Dubois
Jacques Dubois n’était pas grand lecteur de Giono, encore Jean le Bleu, recommandé un jour par un des auteurs du présent article, avait-il eu de quoi retenir l’intérêt de l’universitaire hors du commun qu’il était : resté jusqu’au dernier moment fidèle aux valeurs de décence et de combat caractéristiques des gens pas loin d’être en bas, et attentif « [aux] gestes ordinaires des vies ordinaires[1] ».

Il est indubitable, en revanche, qu’il a aimé, par-dessus tout, les personnages féminins et que Pauline de Théus aurait eu toute qualité à prendre place, si la série s’en était prolongée, parmi les Figures du désir qu’il a dédiées à quelques-unes de ses héroïnes de prédilection (Les Impressions nouvelles, 2011). Albertine, Valérie, Christine, Séverine, Marie, Anna, Marie-Noire : les voici orphelines elles aussi, à présent que l’auteur de Pour Albertine (Seuil, 1997) et du Roman de Gilberte Swann (Seuil, 2018) a refermé son écritoire et rangé ses outils.
Le 12 février 2026, Jacques Dubois s’est éteint, à la veille de ses 93 ans, à Liège, après une longue et belle vie dévouée, sans être dévorée par eux, aux textes modernes et aux instruments qui permettent de les appréhender sous leur double aspect esthétique et social. De Balzac à Simenon et de Flaubert à Céline, pour la capture du réel à travers l’invention de langages. De Stendhal à Proust, pour y sonder l’inconscient social faufilé à travers les œuvres les plus déliées ou les plus construites. De Louis Aragon à Christine Angot, pour faire ressortir que la trame d’un vécu, quand elle se convertit en texte, dévie nécessairement du seul projet de se raconter, au profit d’un autre mentir vrai.
Éblouissant professeur de littérature, dont la diction toute particulière accompagnait la montée en subtilité du propos, avec une gestuelle qui fut longtemps propagée autour de lui par les ronds de fumée d’un minuscule cigarillo Dannemann (étudiants et professeurs pouvaient encore pétun
