Pas si vide – sur La Maison vide de Laurent Mauvignier
Avant même la consécration du prix Goncourt, le treizième roman de Laurent Mauvignier avait déjà attiré l’attention et les louanges de la critique et de nombreux lecteurs. On ne saurait donc considérer qu’il a été insuffisamment remarqué, à la hauteur de ses immenses qualités littéraires.

Mais le phénomène de librairie qu’il est depuis devenu, avec quelque 540 000 exemplaires de cet ouvrage de 750 pages, n’est pas seulement extrêmement réjouissant. Ce phénomène invite à réexaminer ce qui est effectivement lu par ces si nombreux lecteurs. Et d’autant plus que l’immense majorité d’entre eux découvrent avec ce livre l’œuvre de son auteur, œuvre qui, sans être confidentielle, n’a jamais connu une popularité comparable.
Or la quasi-totalité des commentaires publiés à la sortie du livre ou à l’occasion de la proclamation du Goncourt ont porté leur attention sur trois aspects particulièrement sensibles aux yeux des rédacteurs de ces critiques. Ces trois angles d’approche sont parfaitement légitimes, et justifiés dans le cas du désormais best-seller des Éditions de Minuit. Mais ces éclairages laissent en grande partie dans l’ombre au moins une dimension majeure de l’ouvrage, qui est pourtant de nature à toucher un très grand nombre des lecteurs, et surtout ceux qui ne sont pas familiers de l’auteur et de son œuvre.
Racontant, depuis le présent et parfois à la première personne du singulier, des pans de l’histoire de sa famille entre le début et le milieu du XXe siècle, le narrateur s’exprime en se situant lui-même dans cette grande demeure d’une campagne du centre de la France qui a hébergé tous les protagonistes du livre, demeure qui est ce que désigne le plus littéralement le titre de l’ouvrage. Il était donc très naturel que les commentateurs du livre insistent sur tout ce qui, dans le texte, corrobore l’idée que ce lieu et cette famille sont bien la maison d’enfance et la véritable famille de l’écrivain, dans un endroit fictif, le bourg de La Bassée, déjà iden
