Une sorte de chienne à six pattes – sur Un chien arrive de Camille Ruiz
Le manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway est une boussole essentielle pour penser aujourd’hui de manière émancipée notre relation au vivant, et chercher à nouer un rapport domestique affranchi des dominations. Cette boussole, Camille Ruiz s’en sert à son tour, comme récemment Claudie Hunzinger dans Un chien à ma table (Grasset, 2022) ou Pauline Peyrade dans Les Habitantes (Minuit, 2026).

Mais cette boussole ne fonctionne pas seule dans ce livre à la croisée de l’autobiographie et de l’essai, car l’écrivaine mobilise toute une bibliothèque dessinant les cartes alternatives de nos territoires, pour faire apparaître des chemins invisibles et des sillons inaperçus.
Un chien arrive saisit en effet ce basculement de l’expérience sensible qui advient dès que l’on vit avec un chien : le Golden retriever Ziggy a une force d’événement dans la vie de Camille Ruiz, et l’écrivaine ausculte avec une grande précision physiologique, une belle sensibilité phénoménologique et une ampleur bibliographique ce que cet évènement vient bousculer dans le cadastre d’une vie.
Le livre mobilise en effet toute une bibliothèque compagne, qui escorte les notations sensibles de Camille Ruiz, et les épisodes d’une vie accompagnée de Ziggy. Le livre épouse le mouvement du quotidien, les réflexions que cette vie commune suscite, dans un battement permanent entre détail biographique et élargissement bibliographique. La narration chemine par ricochets de lectures, tour à tour commentées et discutées : sont notamment sollicités pour accompagner Donna Haraway, Thomas Mann, Jacques Derrida, Sarah Kofman, Gilles Deleuze, Donald Winnicott ou encore Virginia Woolf qui sont moins ici des autorités que des interlocutrices et des interlocuteurs dans une conversation au long cours.
C’est là toute une bibliothèque canine qui est constituée, à laquelle s’adosse la pensée de Camille Ruiz, avec « d’autres chiens, dans d’autres histoires », lui donnant l’allure zigzagante, comme le nom et l’allur
