Cinéma

Les habits neufs du film politique – sur L’Agent secret et Une bataille après l’autre

Critique

La soirée des Oscars remettra dans la lumière deux chouchous du cinéma 2025 : le film de Paul Thomas Anderson et celui de Kleber Mendonça Filho. Deux récits picaresques et hédonistes, deux guides de (sur)vie quotidienne sous temps d’oppression, deux œuvres baignées d’un esprit carnavalesque qui, précisément, donne la juste mesure d’une situation politique monstrueuse et insaisissable.

Pour Paul Thomas Anderson, est-ce désormais l’heure d’un Oscar après l’autre ? La prochaine cérémonie du 16 mars dira si l’heure est enfin venue pour l’ex-wonderboy maudit (collection de bides commerciaux et chou blanc personnel côté statuettes pour tous ses précédents films) d’enfin devenir le roi symbolique d’Hollywood.

publicité

Ce qui parachèverait un certain alignement des planètes : un film synchrone avec le momentum politique étatsunien, salué unanimement par la critique, considéré par beaucoup comme un classique instantané et aux performances commerciales plutôt satisfaisantes : 1,5 millions d’entrées en France et 45 millions de dollars de recettes aux États-Unis[1].

En 2025, un autre film aura connu une fortune comparable, même si à moindre échelle : L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, lequel a entamé son parcours de reconnaissance avec son double prix dès le festival de Cannes (mise en scène et acteur), l’a poursuivi aux Golden Globes (deux récompenses : meilleur film en langue étrangère et meilleur acteur), après avoir aussi connu une reconnaissance critique unanime et un succès public international au long cours. De fait, le voilà crédité de quatre nominations aux Oscars, grosse performance pour un film non américain[2].

Les deux films s’affronteront d’ailleurs dans une toute nouvelle catégorie, l’Oscar du meilleur casting[3], soulignant un autre point commun entre les deux films : derrière les stars, une variété de profils et de générations et surtout une très haute teneur en charisme de chaque personne apparaissant à l’écran, même très fugacement.

En toute logique, chacun de ces deux films pourrait donc faire fructifier leurs cotes d’amour cinéphiles, critiques et publiques, dans cette dernière ligne droite sur tapis rouge et venir clôturer en beauté une année mirifique pour eux. Pourquoi tant d’amour ? Sans doute parce que les films tombent à pic, arrivent à l’heure chacun de leur côté, chacun à leur endroit (un dans l’Amérique de Trump ; un dans


[1] Scores à mettre en regard d’un investissement de départ, 140 millions de dollars de budget, tout de même assez hardi pour une adaptation même lointaine de l’univers de Thomas Pynchon, mais on imagine que le film sera rentable à l’échelle mondiale.

[2] Même si les neuf nominations pour Valeur Sentimentale (Joachim Trier) doivent constituer un record en la matière, après les six de Parasite (Bong Joon Ho) en 2020.

[3] Dans cette catégorie concourent également Hamnet, Marty Supreme et Sinners.

Rayonnages

CultureCinéma

Notes

[1] Scores à mettre en regard d’un investissement de départ, 140 millions de dollars de budget, tout de même assez hardi pour une adaptation même lointaine de l’univers de Thomas Pynchon, mais on imagine que le film sera rentable à l’échelle mondiale.

[2] Même si les neuf nominations pour Valeur Sentimentale (Joachim Trier) doivent constituer un record en la matière, après les six de Parasite (Bong Joon Ho) en 2020.

[3] Dans cette catégorie concourent également Hamnet, Marty Supreme et Sinners.