Littérature

Désuète et plaisante actualité – sur deux romans de Graham Greene

Écrivain

Retraduire Graham Greene, est-ce vraiment nécessaire ? À l’occasion de nouvelles versions signées Claro, deux romans majeurs de l’écrivain britannique reparaissent : Un Américain très discret et Notre homme à La Havane. Entre espionnage et œuvre de moraliste, Greene mêle intrigues politiques et comédie humaine.

Graham Greene revient, et il lui faut des habits neufs. C’est la règle, lorsqu’on réédite les maîtres, même en restant fidèle au tweed de leur génie d’origine. Voici donc la nouvelle traduction que propose l’excellent Claro, d’ordinaire plutôt rompu à la prose américaine post-moderne, de romans cultes – mais est-ce le mot qui convient le mieux, pour un écrivain si singulièrement catholique ? Ont déjà paru Deux hommes en un (The Man Within, étonnant premier roman de 1929) et Le Ministère de la peur (The Ministry of Fear, 1943), et les suivent aujourd’hui Un Américain très discret (The Quiet American, 1955) et Notre homme à La Havane (Our Man in Havana, 1958).

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Comme on le voit, on a changé un peu les titres, cela aussi fait partie du jeu : « Notre agent » est devenu « Notre homme », et il faut se résoudre à voir requalifier de « très discret » un Américain « bien tranquille », titre auquel nous avaient habitués également deux adaptations au cinéma, celle de Joseph L. Mankiewicz en 1958 et celle de Philip Noyce en 2002.

Qu’importe ! On est heureux de retrouver des livres qu’on a aimés, on est même prêt à accepter les postfaces ici confiées à des auteurs français de romans policiers à succès, dont le lien ne frappe pas d’emblée avec Greene, Caryl Férey et Jean-Christophe Grangé. Ce n’est pas à eux que l’on pense d’abord, en tout cas, dans l’avant relecture de ces romans fameux, mais à un écrivain d’une autre trempe, si l’on ose dire, Martin Amis, lequel avait un rapport un peu compliqué à l’auteur de La Puissance et la Gloire.

Outre son entretien assez mémorable de 1984 à Paris pour les 80 ans de l’écrivain, reprit dans Visiting Mrs Nabokov, on se souvient peut-être de la façon cruelle dont il traitait Greene dans Inside story, cette autofiction-fleuve, terriblement agaçante et irrésistiblement addictive : « Greene fut le premier écrivain digne de ce nom que j’aie jamais lu ; je le vénérais, je crois, principalement pour cette raison. Quarante ans plus tard, j


Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire