La voix du peuple – sur La Corde au cou de Gus van Sant
Où était passé Gus van Sant ? On ne savait plus trop. Ces dernières années, on avait bien vu passer son nom à la réalisation d’une mini-série (Feud : les trahisons de Truman Capote, saison 2 en 2024) comme à l’écriture et à la mise en scène d’un spectacle musical sur la jeunesse d’Andy Warhol (Trouble en 2021), mais il semblait bien avoir pris ses distances avec le cinéma… et s’être encore plus éloigné de son momentum de super-auteur des années 2000.

La dernière fois qu’il avait occupé le devant de l’actualité cinéphile, c’était pour sa grande exposition à la Cinémathèque française, il y a dix ans, belle célébration où se croisaient son amour de la photographie, des rencontres amicales et de la musique, mais ce moment rétrospectif sonnait déjà comme un aveu nostalgique, puisque sortait dans le même temps dans l’indifférence générale Nos souvenirs, sirupeux mélo conspué à Cannes un an auparavant.
Dans le paysage du cinéma contemporain, Gus van Sant était-il voué à ne rester qu’un souvenir ? Pire que ça, un souvenir indifférent ? Il avait été un héros du cinéma indépendant des années 1990, puis l’auteur-artiste-quasi-expérimental des années 2000, puis celui qui avait osé revenir modestement à un certain classicisme au début des années 2010 (le mélo juvénile Restless en 2011, le film citoyen Promised Land en 2012), puis… ? En fait, Gus van Sant a toujours été un caméléon, s’adaptant à des scénarios écrits par d’autres dans des genres variés (road-movie, coming-of-age, mélodrame, comédie), se fondant dans les paris conceptuels comme dans les films de semi-commande, mais à force, ne s’était-il pas fondu dans le décor, au point même de tendre vers une certaine disparition ?
D’où l’étonnant plaisir, ou le plaisant étonnement c’est selon, ressenti devant La Corde au cou, plaisir de croiser à nouveau la route d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens, signant un film à la fois modeste et affûté, un film où rien ne semble en trop mais qui s’autorise en même t
