Littérature

Derniers morceaux d’une vie de femme – sur La Chambre de Vilhelm de Tove Ditlevsen

critique

Les Danois parlent de « fièvre Ditlevsen » à propos de Tove Ditlesen, autrice en passe de devenir classique dans son pays natal. On la connaît moins en France, cette écrivaine en effet fiévreuse. On a pu lire sa « Trilogie de Copenhague » (Enfance, Adolescence, Dépendance). On (re)découvre aujourd’hui le roman qui précède son suicide en 1976. La démence a pénétré jusqu’à ses personnages, le rapport qu’elle entretient avec eux et celui qu’elle entretient avec ses lecteurs.

La France connaît peu la littérature danoise. Il y a plusieurs décennies, le cinéma a contribué au succès de Karen Blixen ici et ailleurs. Mais depuis quelques années, sans l’aide de l’image, c’est une autre écrivaine danoise du XXe siècle que l’on peut découvrir en traduction : Tove Ditlevsen.

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Née en 1917, morte en 1976, celle-ci était une femme issue de la classe ouvrière, un esprit tourmenté, un corps accro, une poétesse et une romancière à la sensibilité féroce. Elle s’est suicidée à 58 ans à peine, mais sa voix a résisté au temps : voix sèche, sombre, empreinte d’une drôlerie macabre et d’étranges images. La Chambre de Vilhelm est le dernier de ses livres traduits en français.

Rectifions d’emblée certains points. D’abord, Tove Ditlevsen avait déjà été traduite en français, mais partiellement et sans que quiconque s’y arrête. Ensuite, dans son pays, elle a été connue et reconnue dès son vivant, et elle fait désormais partie du canon littéraire que l’on enseigne. Enfin, récemment, elle bénéficie au Danemark d’un regain d’intérêt : ses livres (29 en tout) y sont adaptés au cinéma et au théâtre, sa poésie est réimprimée, ses éditos ont été rassemblés en un volume… Les Danois parlent même d’une « fièvre Ditlevsen », un mot qui lui convient car ses livres, son écriture et elle-même sont fiévreuses de bout en bout.

Cet engouement s’explique. Tove Ditlevsen est une écrivaine singulière, remarquable, forte. C’est aussi une femme, et une femme qui a pris la plume à la première personne pour parler d’elle, de sa condition, de sa classe, de ses rapports avec les hommes, de tous les composants qui font un être et qui, dans une certaine mesure, déterminent une trajectoire. Dans une certaine mesure seulement, mais aujourd’hui, où il est parfois difficile de défendre l’idée d’une autonomie de la littérature, il faut reconnaître que la vie et l’œuvre de Tove Ditlevsen se prêtent à une lecture sociologique qui fait la part belle au genre et à la « race ».

L’écrivaine a


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice