Littérature

Dénouements sonores – sur Désoubli de Valère Novarina

Écrivain

Portée à des intensités rares dans L’Espace furieux ou Discours aux animaux, la langue de Valère Novarina s’est tue en janvier dernier. Avec ce recueil posthume foisonnant, composé de textes qu’il s’affaire à tirer de l’oubli, se dessine un art poétique nourri aussi bien par l’admiration d’artistes qui l’ont précédé que par une réflexion personnelle sur sa propre pratique.

La langue que l’auteur de L’Espace furieux, du Discours aux animaux mais aussi de Pour Louis de Funès savait porter à des degrés inconnus d’incandescence est en deuil – Valère Novarina est mort en janvier dernier.

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On peut désormais le lire en circulant dans ses textes comme dans un moulin, c’est-à-dire y respirer, puisque tout y invite à brasser l’air entre les mots ; de toute façon, on pourra aussi bien en déduire tant ceci que cela, voire se rengorger de mots beaucoup trop grands, comme celui de vérité : il ne s’offusquera plus.

Et cependant, il est une chose évidente que l’on aurait fort bien pu avancer de son vivant et qui saute aux yeux à lire Désoubli. Elle s’y écrit pour ainsi dire noir sur blanc et à plusieurs reprises, dans ce livre posthume et débordant de pépites qu’il a savamment composé à partir de textes parfois anciens rédigés « en marge des œuvres », la sienne ou celle des autres (ainsi que le formule Robin Sevestre dans sa courte introduction).

Aux exercices d’admiration, célébrant aussi bien Charles-Albert Cingria que Roger Blin ou Jean Dubuffet, se mêlent des tentatives d’élucidation de son propre geste de dramaturge, de poète et de plasticien, si bien que Désoubli déploie de texte en texte une sorte d’art poétique.

Cet art poétique, solidement ancré dans le Chablais savoyard où Novarina a grandi, est d’une singularité irréductible, et pourtant y surgissent une multitude de lignes de force qui résonnent très précisément avec les convictions profondes exprimées par nombre d’artistes ayant théorisé ou médité leur pratique – à tel point que l’on ne peut que songer à cette « cime du particulier » dont parlait Proust dans une lettre de 1919 : « C’est à la cime même du particulier qu’éclot le général ».

Ce qui est d’ailleurs curieux avec Novarina, qui toujours cherche « le langage qui évide », c’est que l’on retrouve à chaque page ou presque une position des plus radicales sur ce qu’écrire veut dire (ou dessiner, ou peindre, ou diriger des com


Bertrand Leclair

Écrivain, Critique littéraire