Littérature

Un regret d’Achille : rien ne vaut la vie – sur Thétis de Christine Spianti

Écrivain

Dix ans après L’Effort du monde au matin pour redevenir soleil, Christine Spianti livre une relecture sensuelle et foisonnante du grand chant homérique de la guerre. À travers la voix de Thétis, néréide, mère d’Achille et déesse éponyme de ce poème en prose s’entremêlent le réel et l’Histoire, dans une dilatation du temps laissant ressentir qu’à travers chaque époque perdure le sillage de l’Iliade.

On pourrait dire de Thétis que c’est un livre que nous attendons depuis toujours. Christine Spianti nous le donne à lire ce mois de février et elle nous procure, par là même, une joie spacieuse, intrépide et généreuse, loin d’être brève (560 pages), singulière, lumineuse, et peu importe qu’elle puisse parfois paraître touffue. Cette joie a d’abord la forme d’une mer dans laquelle il faut plonger, une mer « bleue dessus dessous pourpre », nous la découvrons dès la première page, magnifique, d’un enfant qui entre simplement dans l’eau. Et, naturellement, pas besoin de savoir nager pour plonger, il suffit de le vouloir puis de se laisser porter.

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À la manière de l’émission de cinéma Blow up, on pourrait demander : Mais c’est quoi Thétis ? Ou plutôt – c’est qui Thétis ?

Quoi ? je dirais : une sorte de poème en prose qui s’inscrit dans le sillage de l’Iliade et dont le rhapsode est une femme ; si c’est un contre-pied, puisque l’éditeur le présente ainsi, comme ce geste élégant et déroutant au football, pourquoi pas. On comprend vite que les phrases sortent tout droit de la mer et de l’Iliade, un enfant (le Petit) et un chien (Pamphy) pour compagnie, la nature dans toute sa splendeur, au commencement la mer, le clapotis des vagues, des « écueils de granit rose » et « les coquelicots violets », et encore des corneilles et une bouée canard jaune, etc., tous ces éléments se mettant en place sous l’égide de Thétis.

Qui ? peut-on la nommer l’héroïne car c’est une déesse et c’est celle qui lui donne sa voix. Thétis était une nymphe marine et, surtout, la mère d’Achille. Quant à Christine Spianti, elle a auparavant consacré un essai à Patti Smith, suspendu trente ans en amont de The Coral Sea, et rédigé une relation de voyage dont le titre n’a pas fini de produire son effet. L’Effort du monde au matin pour redevenir soleil.

Qu’une femme aborde de front un livre de guerre, son prototype de surcroît, n’est pas monnaie courante. Toutefois, le terrain a déjà été arpenté. L’


Bernard Chambaz

Écrivain, Poète

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