Littérature

Après la catastrophe – sur des œuvres de Naoya Hatakeyama et Véronique Brindeau

Écrivain

Deux images symboles de désastre venues du Japon : la montre d’Hiroshima et maintenant, les arbres – témoins de catastrophes passées. C’est autour d’eux que les photographies de Naova Hatakevama et l’ouvrage de Véronique Brindeau s’articulent : leur force et leur permanence face au tsunami de 2011 de Rikuzentakata ou le bombardement nucléaire de 1945. Miroir et rappel de ces maux et du passage des Hommes, ils en fixent l’empreinte durable.

Quelle que soit sa nature, l’événement – quand il a lieu – donne le sentiment qu’avec lui s’arrête le temps au fil duquel, à un moment ou un autre, il s’est inscrit. Et s’il prend les apparences irréversibles et les proportions monumentales d’une catastrophe, une fois qu’il a eu lieu, l’événement procure parfois à celui qui en fut le témoin la certitude qu’après lui, le temps ne reprendra pas son cours et qu’il n’y aura plus de recommencement pour les saisons ni de suite aux jours.

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Chacun, ainsi, a en tête l’image, aussi poignante que symbolique, de cette montre qui, pour toujours, au musée où elle est conservée, marquera l’heure exacte – 8 heures 15 – à laquelle la première bombe atomique de l’Histoire s’abattit sur Hiroshima et réduisit la cité en cendres. Tiphaine Samoyault lui a autrefois consacré un bel essai (La Montre cassée, Verdier, 2004) et elle inspira certaines de ses œuvres à l’artiste Marie-Ange Guilleminot.

Deux images

Aux côtés de l’image de cette montre, semblablement venue du Japon, une autre image mérite de prendre sa place et d’acquérir maintenant, je crois, la même valeur de symbole. Afin de ne pas prêter à un prévisible et sans doute inévitable malentendu, je précise aussitôt que, dans mon esprit, cette seconde image ne remplace ni n’efface la première, qu’elle ne s’y oppose pas, qu’elle ne la complète même pas.

Je dirai plutôt qu’elle la redouble, qu’elle la donne ainsi à voir une deuxième fois, tel qu’en elle-même l’éternité la change, afin que, considérant cette seconde image, éprouvant l’évidente et cependant énigmatique signification de son emblème, nous sachions ne pas méconnaître et ne pas oublier ce que voulait dire la première.

La deuxième image dont je parle, après la montre d’Hiroshima, est celle des arbres qui, là-bas, au Japon, constituent le témoignage têtu et salutaire de catastrophes qui, souvent, nous semblent déjà anciennes.

Ayant succombé ou survécu, ces arbres se dressent parmi des paysages dévastés quand ils ne se


Philippe Forest

Écrivain, Romancier, essayiste