Georg Baselitz, à contresens
«Je suis de la génération qui a fui la guerre et continue à s’enfuir » explique le peintre Georg Baselitz lorsqu’il évoque les années 40 en Allemagne. Une fuite qui le pousse à réfléchir et à se saisir de la catastrophe, et cela au plus près de la matière et du motif. Sans détour, il œuvre à la tronçonneuse, à coups de hache ou encore de ciseau. C’est ainsi que Baselitz attaque le bois et le mutile dans une esthétique et une approche littéralement « de la matière » et qui frappe par son souci du volume comme par la taille exubérante des œuvres. Elles peuvent atteindre huit mètres, comme en témoigne l’ensemble Avignon, réalisé en 2014 et exposé à la Bourse de Commerce en 2025 dans l’exposition Corps et âmes, pour le meilleur et pour le pire.

De fait, et comme cela a pu apparaître à travers les récents hommages rendus, il y a une question charnelle chez Baselitz, celle de représenter un corps qui parfois évoque un totem ou un talisman, à l’image du prémonitoire Modell für eine Skulptur de 1980. L’ensemble fait scandale à Venise, une sculpture au sol aux contours organiques et rappelant le salut nazi prend les traits d’un colosse à la main tendue en direction de la R.D.A. L’œuvre de Baselitz, dans son ensemble, se conjugue par les teintes et les rehauts aux références chaudes. Ici se croisent les roses et les pourpres, lesquelles peuvent nous remémorer certains travaux de De Kooning ou de Picasso, deux artistes qui ne cessent de l’accompagner dans ses réflexions et ses expérimentations.
Une histoire européenne
Georg Baselitz naît Hans-Georg Bruno Kern en Saxe en 1938. Son pseudonyme trouve racine dans le nom de son village de naissance, Deutschbaselitz, situé dans la partie la plus à l’est de l’ancienne R.D.A. Ce dernier évoque peu le passé de son pays natal, dont il relate souvent, en entretien, la difficile situation des artistes. « Je suis né dans un monde détruit, avec des paysages détruits, une population détruite, une société détruite. Et je ne voulais
