Cinéma

Sous les radars – sur Un balcon à Limoges de Jérôme Reybaud

Critique

Signé du trop rare Jérôme Reybaud, Un balcon à Limoges raconte les retrouvailles de deux quadragénaires, anciennes camarades de lycée, l’une libre comme l’air, l’autre plus psychorigide. De cette opposition de caractères naît une fable sur la traçabilité sociale (et son refus), composée comme un impromptu musical et assumant une inattendue part de cruauté.

Sorti en 2017, le premier et précédent long-métrage de Jérôme Reybaud Jours de France date donc d’il y a déjà neuf ans. Ce road-movie hexagonal où deux anciens amants partaient à la recherche l’un de l’autre suite à une rupture prenait les allures d’un jeu de piste où les deux personnages étaient toujours en décalage d’une destination, d’une rencontre ou d’une confession adressée à des inconnu.e.s. Un jeu du chat et de la souris, un jeu de piste sentimental accordé aux limites et à l’imaginaire du territoire français, partant de Paris pour aller vers son centre auvergnat puis s’égarer vers les frontières alpines et littorales.

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C’était aussi un film singulier qui ne courait pas derrière les modes de l’époque, tout en intégrant dans la fiction un questionnement on ne peut plus contemporain : comment les applications de rencontre – utilisées ici comme adjuvant scénaristique – donnaient ce sentiment mêlé de forcer le destin amoureux, de rétrécir le territoire et d’accroître la solitude.

Solitaire et connectée, telle apparaissait la voix de Jérôme Reybaud. Lui qui aimait parcourir la France en Diagonale, du nom de la célèbre coopérative de cinéma de Paul Vecchiali dans les années 1970, n’était-il pas arrivé trop tard ? À coup sûr, Reybaud partage avec son mentor Vecchiali ce penchant pour le mélodrame sentimental, et plus largement pour une façon farouchement libre et artisanale d’écrire comme de fabriquer ses films, mais on sentait qu’il devait se sentir un peu seul dans le paysage du cinéma français contemporain.

C’est dire le plaisir, neuf ans plus tard, d’avoir enfin des nouvelles de Jérôme Reybaud et de voir comment son nouveau film Un balcon à Limoges amende et poursuit sur un autre mode les pistes du précédent.

À rebours du road-movie, ce nouvel opus est ancré sur un périmètre limougeaud restreint : quelques rues, un bord de rivière et surtout un appartement et les quelques mètres carrés d’un balcon autour desquels se resserrera l’intrigue de façon surpr


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