Art contemporain

Pédagogie en mouvement – sur l’exposition « Magnanrama »

Historienne de l'art et critique

En 2016 disparaissait, à l’âge de 60 ans, Nathalie Magnan, figure emblématique d’une pensée contemporaine engagée, plurielle et rhizomatique. Théoricienne des médias, réalisatrice, cyberféministe, hacktiviste, enseignante, navigatrice, son influence sur la culture contemporaine ne pouvait qu’inciter à la redécouverte de son héritage à travers un ambitieux programme d’exposition, à la Villa Arson, puis aux Capucins et enfin à Bétonsalon.

L’idée d’un partenariat multiple donnant lieu à une exposition amenée à se déployer en trois temps successifs sur trois lieux, ne pouvait que faire sens en regard des vies multiples et nombreuses traversées intellectuelles de Nathalie Magnan.

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Tout comme s’avère pertinente l’idée d’ouvrir ce vaste chapitre judicieusement intitulé « Magnanrama » à Nice, à la Villa Arson, unique lieu en France à abriter un centre d’art associé à une école nationale supérieure d’art. Cela en écho à la personnalité de l’enseignante qu’elle fut, passeuse exemplaire. L’exposition conçue à partir d’une foule de documents, de vidéos et de témoignages, jusqu’à une rencontre imaginée avec diverses personnes engagées auprès d’elle, atteste de la générosité de son parcours[1].

Cet aspect de la transmission, tout comme celui des partenariats convoqués ici même, en constituent le point fort. Il se trouve matérialisé d’emblée par un fonds documentaire considérable, réuni grâce à un prêt des Archives de la critique d’art. Celui-ci favorise une vision vivante de son contenu fertile exploré par la commissaire de l’exposition, Mathilde Belouali[2], accompagnée de Cécile Bouffard pour une scénographie dynamique et inventive, et de Clara Pasteau pour le graphisme.

Le titre, « Magnanrama », donne le ton. Il embarque le.a visiteur.se dès l’entrée dans une épopée vertigineuse consignée de façon détaillée dans un gigantesque diagramme coloré, présenté comme une « cartographie subjective et momentanée de Nathalie Magnan (1956-2016)[3] ». Les points de saillie de ce parcours désignent des périodes de vie investies dans des combats de questions de société liés aussi bien à la défense d’un internet libre, la participation à des télévisions d’accès public qu’aux luttes contre le VIH/SIDA ou celles féministes, lgbtqi+ et queer, en France comme à l’étranger.

On mesure combien les premières salles de l’exposition consacrées aux années de formation sont déterminantes pour la constitution et la compréhension


[1] Une présentation de l’exposition eut lieu le 20 février 2026, sous forme d’échanges réunissant Mathilde Belaouali, commissaire, en dialogue avec Peggy Pierrot, travailleuse intellectuelle et enseignante à l’École de recherche graphique à Bruxelles, Chloé Desmoineaux, artiste (et ancienne étudiante), et Reine Prat, ayant-droit de Nathalie Magnan (galeries labyrinthiques).

[2] Mathilde Belouali, commissaire de l’exposition et jeune directrice du centre d’art Les Capucins de la ville d’Embrun, dans les Hautes Alpes, qui accueillera l’événement durant l’été, avant le centre d’art de Bétonsalon à Paris, à l’automne (colloque à l’appui).

[3] Cette formulation reprend le titre d’un des textes de Nathalie Magnan : « Cartographie subjective et momentanée des cyberféminismes », Synesthésie, n°9, 1999.

[4] Propos extraits de la vidéo Haraway reads The National Geographic on Primates (1987).

[5] Paul Devautour fut le co-fondateur la Collection Yoon Ja & Paul Devautour sous le titre d’ « opérateurs en art » réalisée par une série d’hétéronymes, avant de diriger le Post-diplôme Le Collège invisible de l’Esbam à Marseille, puis l’ENSA de Bourges, avant de créer avec Xia Yilan DeYo Studio à Shanghai, une plateforme d’échanges et de résidences pour jeunes artistes.

[6] Échange email avec Paul Devautour en date du 14/04/26.

[7] Les licences Creative Commons (CC) sont un outil juridique créé en 2002 qui permet d’accorder par avance la permission d’utiliser une œuvre (texte, image, musique) de diverses façons (copie, distribution, modification et adaptation), tout en restant conforme aux législations nationales sur le droit d’auteur.

Patricia Brignone

Historienne de l'art et critique , Professeure d’histoire des arts à l’École nationale d’art de Dijon

Notes

[1] Une présentation de l’exposition eut lieu le 20 février 2026, sous forme d’échanges réunissant Mathilde Belaouali, commissaire, en dialogue avec Peggy Pierrot, travailleuse intellectuelle et enseignante à l’École de recherche graphique à Bruxelles, Chloé Desmoineaux, artiste (et ancienne étudiante), et Reine Prat, ayant-droit de Nathalie Magnan (galeries labyrinthiques).

[2] Mathilde Belouali, commissaire de l’exposition et jeune directrice du centre d’art Les Capucins de la ville d’Embrun, dans les Hautes Alpes, qui accueillera l’événement durant l’été, avant le centre d’art de Bétonsalon à Paris, à l’automne (colloque à l’appui).

[3] Cette formulation reprend le titre d’un des textes de Nathalie Magnan : « Cartographie subjective et momentanée des cyberféminismes », Synesthésie, n°9, 1999.

[4] Propos extraits de la vidéo Haraway reads The National Geographic on Primates (1987).

[5] Paul Devautour fut le co-fondateur la Collection Yoon Ja & Paul Devautour sous le titre d’ « opérateurs en art » réalisée par une série d’hétéronymes, avant de diriger le Post-diplôme Le Collège invisible de l’Esbam à Marseille, puis l’ENSA de Bourges, avant de créer avec Xia Yilan DeYo Studio à Shanghai, une plateforme d’échanges et de résidences pour jeunes artistes.

[6] Échange email avec Paul Devautour en date du 14/04/26.

[7] Les licences Creative Commons (CC) sont un outil juridique créé en 2002 qui permet d’accorder par avance la permission d’utiliser une œuvre (texte, image, musique) de diverses façons (copie, distribution, modification et adaptation), tout en restant conforme aux législations nationales sur le droit d’auteur.