Un devenir fantôme – sur La Lumière de Tchernobyl année 40 de Jean-Paul Engélibert
Comme souvent avec Jean-Paul Engélibert, tout part de l’image. Dans le remarquable Vicky et Mr Lang, paru aux mêmes et excellentes éditions L’Ire des marges en 2022, l’image était en mouvement permanent. Cette fois, elle est arrêtée. Mieux vaudrait même dire que l’image est aux arrêts comme un chien peut l’être, en lisière de forêt, et tout un univers suspendu autour d’elle.

D’une grande économie, la narration s’ouvre sur la description par cercles concentriques de cette image très réelle, échappée d’un ensemble de seize photos composant un reportage du photographe Guillaume Herbaut réalisé en 2010, que l’on peut consulter en ligne.
Durant toutes les premières pages, cette narration se mène au « on » : on et autant dire « l’homme », ou moi, ou vous, quand ce pronom est le seul susceptible de désigner « un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » pour reprendre la formulation de Sartre, et « on » découvrirait cette photographie : « D’abord, on ne sait rien. Il n’y a ni lieu ni date, mais juste une lumière et on ne voit pas très bien par où commencer. Il n’y a pas de sujet et rien n’accroche le regard. (…) On se glisse dans la vibration douce et froide d’une journée d’hiver. Un rayon de soleil sans couleur passe à travers le voilage. La fenêtre est assez haute et large pour qu’il suffise à éclairer la pièce. Une jeune femme se tient à la fenêtre. On ne sait pas ce qu’elle regarde : derrière le rideau, tout est confus, indistinct. »
« On » s’attarde ensuite sur le format presque carré de l’image, un format rare, puis sur ce qui détonne (la plénitude du corps de la femme, le naturel de sa posture, la matérialité de l’étoffe « dans cette pièce vide et froide »), avant de noter que la tête précisément placé au centre de l’image est légèrement tourné, comme pour n’offrir au regard qu’un casque de cheveux, et cependant, de manière plus inquiétante, comme « pour ne pas regarder la fenêtre en face, mais de biais ».
C’est que le
