Littérature

Écouter le contemporain – sur autotune d’Olivier Brossard

critique

Avec autotune, Olivier Brossard porte l’héritage sonore et poétique des générations française et américaine qui le précèdent dans ce livre expérimental, dense et organisé, qu’il faut ouvrir en acceptant de ne pas tout comprendre. Déclaration d’amour d’une immense liberté qui enregistre et expose les fausses notes du contemporain.

Dire que l’on évolue dans autotune comme un poisson dans l’eau serait faux. Il faut s’y plonger avec une combinaison en néoprène et se détendre, souffler, ne pas craindre les changements de température, ouvrir grands les yeux et les oreilles. L’on découvre alors toutes sortes de créatures : des poissons-bijoux, des anémones chatoyantes, des poissons-chats, plus énigmatiques, des rochers anciens, en italiques, sur lesquels il est possible de s’appuyer, des algues de mots…

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Nous en avons fait l’expérience : nous avons lu ce recueil en suivant le courant, comme si c’était une histoire,

« un truc avec un début un milieu

une fin

qui

se raconte tout seul »

Ce que ça n’est pas, nous le savions. Les courants sont trop nombreux.

Mais d’abord, l’auteur. Il se nomme Olivier Brossard, il est poète et auteur d’un premier recueil intitulé Let (P.O.L., 2024). Il est aussi passeur, professeur et traducteur de poésie américaine. Il fut le secrétaire du poète John Ashbery. Il dirige la collection de poésie américaine des éditions Joca Seria. Et il anime avec Vincent Broqua l’association double change, créée en 2000, qui organise très régulièrement des rencontres de poètes français et américains contemporains, souvent en lien avec des étudiants en lettres. Difficile d’imaginer une vie plus po-é-li-tiquement engagée et une sensibilité aussi manifeste à la souplesse et la plasticité de la langue anglo-américaine.

Ce faisant, Olivier Brossard prolonge la tradition de dialogues poétiques si bien analysée par Abigail Lang dans La Conversation transatlantique. Qu’ils soient français ou américains, c’est un amoureux fou des mots, des signes, des sons, des blancs, des vers et des mille et une manières de les combiner et les recombiner, les couper, les malmener, les détacher, les rattacher, les aimer et leur insuffler un nouvel élan. À le lire, on entend résonner en lui non seulement les vers que composèrent les troubadours et ceux qu’a composé la génération française qui précède la s


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice

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