Danse macabre – sur l’exposition Clair-obscur
Un squelette nous accueille dans la rotonde de la Bourse de Commerce à Paris pour l’exposition Clair-obscur. Une façon pour les organisateurs de prédire ou de définir ce qui écrit notre sujet, une vanité en majesté sur un écran panoramique. Clair-obscur soit 27 artistes réunis pour faire état de notre finitude et de notre incompréhension face à un monde en perpétuelle destruction, rappelé à l’envi aux pages sombres de notre histoire moderne ou contemporaine.

En miroir du memento mori de Pierre Huyghe qui trône sous la coupole en guise de prolégomènes de notre parcours, Giorgio Agamben donne le la au Charon qui guidera notre barque, « Le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumières, mais l’obscurité. Tous les temps sont obscurs pour ceux qui en éprouvent la contemporanéité. Le contemporain est donc celui qui sait voir cette obscurité, qui est en mesure d’écrire en trempant la plume dans les ténèbres du présent. » Mais une question nous taraude avec intensité à l’approche du canevas insaisissable. Que signifie « voir les ténèbres » ou encore « percevoir l’obscurité » ?
Littéralement, le clair-obscur tend vers le maniérisme de l’âge baroque et de son chiaroscuro, ce qui se fait un dépassement du tableau par l’ombre elle-même, c’est-à-dire un travail qui se forme dans la perte de visibilité et qui nous permettrait de mieux voir ou de mieux percevoir. Ce travail « d’une perte de visibilité » vient décrire, symboliquement ici, « ce que l’on devine mais que l’on ne voit pas ». Camata, film de Pierre Huyghe de 2024, raconte avec une poésie morbide cette évolution incontrôlée d’une spiritualité teintée d’une technologie aveugle. L’artiste nous fixe au-devant de ce qui s’apparente à un rituel païen, face à un corps sans sépulture découvert par lui-même dans le désert d’Atacama. À la maîtrise technique du « clair-obscur » répond alors un algorithme désincarné, maître de cérémonie déplaçant, par le truchement de bras artic
