Agonise selon peut-être le décor – sur NyxX de Julien Perez
Un·e lecteur·ice de littérature, en voyant le titre du second roman de Julien Perez, ne peut guère s’empêcher de songer au poème de Stéphane Mallarmé « Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx… » (1887). Appelé souvent « sonnet en – yx », réputé pour son illisibilité (au sens positif, comme résistance), il est un des rares textes français à recéler le mot « nixe » – qui désigne une nymphe des eaux – en plus de proposer une définition du signifiant avec un peu d’avance sur Ferdinand de Saussure : « Aboli bibelot d’inanité sonore ».

Puisque le sonnet est en « -yx » (« onyx », « ptyx », « Styx »), passons par attraction de « nixe » à « nyx » – la nuit, en grec ancien : la·e lecteur·ice mallarméen·ne n’y verra point de mal. Surtout qu’il est question de rêve suspendu dans le poème (« Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix / Que ne recueille pas de cinéraire amphore ») et que tout le récit de Perez ne porte que sur ce problème. Quant au « X » majuscule surnuméraire, on dira que c’est pour la touche facho-tech option Elon Musk.
« NyxX » est en effet le nom d’une app sociale qui permet d’échanger ses rêves après les avoir « extraits » sous forme figurale et sonore. Une sorte de Snapchat des débuts avec une touche de BeReal, où l’on choisit avec qui dialoguer, en one-to-one. Pas de posts publics, le doomscrolling n’est pas programmé. Cela n’empêche pas NyxX d’être la coqueluche du jour, avec les deux tiers de l’humanité et les trois quarts des Français déjà addicts ainsi que la fortune assurée pour sa conceptrice, Pauline Grandgeorge, 25 ans. Le phénomène a d’abord touché les jeunes, puis tout le monde s’y est mis, de crainte de passer pour un « péquenaud ».
Comme pour les autres apps sociales, le risque d’effets secondaires est grand, même si « seuls les rêves faits le jour même peuvent être échangés » et que les contenus scabreux ou violents sont filtrés. Les dangers potentiels de l’app ressemblent à ceux d’Instagram ou TikTok, et se manifestent sous forme d
