Arts plastiques

L’harmonie des sexes et des sphères – sur Hilma af Klint. Les peintures du Temple

critique

Dans un éternel mouvement de va-et-vient entre abstraction et figuration, l’œuvre d’Hilma af Klint déploie des couleurs et des figures géométriques formant le vocabulaire inédit d’un chaos originel où la fluidité défie tous les contraires – une genèse propre à l’inventivité de cette peintre suédoise héritière du symbolisme jusqu’ici méconnue en France.

Il se tient en ce moment au Grand Palais, à Paris, une très fascinante exposition. Loin de l’entrée, au fond, deux immenses espaces oblongues déploient une large partie de l’œuvre d’Hilma af Klint, une peintre suédoise, encore méconnue en France. On y entre, intrigués, et peu à peu notre œil est chahuté, obligé de rebattre toutes les cartes qu’il pensait maîtriser : l’abstraction, les couleurs, les formes, les symboles, l’invisible et sa représentation, les femmes. Quelle que soit la carte, le constat est le même : Hilma af Klint fut une pionnière et une amazone follement intrépide et inventive.

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L’artiste est née dans un creuset classique et riche en traditions, en 1862, à Stockholm, dans une famille de cartographes et d’aristocrates très ouverts d’esprit. Officiellement scolarisée tard, à l’âge de dix ans, elle suit des cours de dessin technique et industriel dès 1879 tout en s’initiant au spiritisme, et, en 1882, elle est admise à l’Académie royale des Beaux-Arts, qui accueille sa deuxième génération de femmes. La Suède a souvent été en avance en matière d’égalité : les femmes suédoises auront le droit de vote en 1919, presque trente ans avant les Françaises.

La vie d’Hilma af Klint est exemplaire de cette foi en l’égalité, de même qu’elle l’est du renouveau nationaliste et folklorique qui essaima en Suède au tournant du siècle. C’est l’époque où, à Stockholm, fut créé le parc de Skansen (1891) : un musée en plein air qui met en scène les maisons, les costumes et les usages des différentes régions de Suède au fil des siècles, dans un esprit ethnographique. Le Grand Palais expose plusieurs objets peints ou brodés par Hilma af Klint, dont le dessin reprend des motifs anciens tout en annonçant les courbes et les envolées de ses grandes compositions abstraites. La souplesse des lignes du monde végétal, le mystère des signes des pierres runiques, la précision des arabesques que l’on brode : l’abstraction selon Hilma, si puissamment personnelle, se nourrit de


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice

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