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Roman-photo-texte – sur Paysage lacustre avec Pocahontas d’Arno Schmidt

Écrivain

Paysage lacustre avec Pocahontas est le douzième livre d’Arno Schmidt (1914-1979) que publient les éditions Tristram, après la reprise l’an passé de la trilogie des Enfants de Nobodaddy. Et c’est à nouveau une fête : dans ce court roman de 1955, d’une sensualité et d’une inventivité verbale assez extraordinaires, le plus original sans doute des écrivains allemands de l’après-guerre continue de dynamiter les convenances avec une alacrité toute contemporaine.

La parution chez Tristram de Paysage lacustre avec Pocahontas d’Arno Schmidt, en ce printemps 2026, a quelque chose de profondément réjouissant. Expliquons-nous : l’écrivain allemand est mort en 1979 (à 65 ans), et son génial traducteur français, Claude Riehl, de façon prématurée en 2006.

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Les livres de Schmidt ont paru de façon régulière chez des éditeurs divers (Maurice Nadeau, Christian Bourgois, et désormais Tristram, donc) dès les années 1960, et systématiquement depuis les années 1990 : si son œuvre n’a jamais véritablement touché un très large public, on peut dire ainsi qu’elle est aujourd’hui parfaitement établie, disponible en tout cas en traduction pour celles et ceux qui s’y intéressent.

Les choses pourraient alors sembler achevées, connues, sinon closes… or, il n’en est rien, grâce à l’espèce de redécouverte régulière que nous propose la belle et obstinée petite maison sise à Auch, dirigée par les excellents Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny. Après la réédition l’année dernière de la trilogie des Enfants de Nobodaddy (qui regroupe trois récits du début des années cinquante : Scènes de la vie d’un faune, Brand’s Haide et Miroirs noirs), présentée par une fort plaisante préface de Marie Darrieussecq, voici donc que ressurgit Paysage lacustre avec Pocahontas, court roman simplement formidable, naguère publié dans le recueil Rose & Poireau (Maurice Nadeau, 1994), ici livré dans une version légèrement revue et cette fois préfacée par la romancière Céline Minard. 

Commençons donc par le commencement, et ce geste si pertinent de confier la préface à une romancière elle-même atypique (autrice récemment de l’ambitieux et singulier Tovaangar, chez Rivages), qui est d’abord une lectrice assez magistrale : avec une sagacité remarquable, et un style qui finit presque par se risquer au pastiche, elle contextualise ainsi le travail de l’ermite de la lande de Lunebourg, en rapprochant par exemple son statut de « grand original » de celui de Carlo Emilio


Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire

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