Littérature

Autoportrait en mouvement ‒ sur Oublier la peinture d’Olivier Assayas

Écrivain

Le réalisateur de Désordre, Olivier Assayas, laisse remonter la distance qui s’éprouve entre l’homme d’aujourd’hui et l’adolescent qu’il fut à la surface de textes et d’images qui constellent un beau livre illustré – écho concret à l’universel de la vie avec quelque chose de l’esprit du rock et d’une savoureuse rêverie partagée.

Olivier Assayas, que l’on connaît bien sûr comme cinéaste, publie un drôle de beau livre illustré, au titre assez mystérieux, Oublier la peinture.

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Ne soyons pas hypocrites, et n’oublions pas d’abord un petit scrupule déontologique (s’il faut utiliser de grands mots), pour avoir fait paraître, il y a quelques mois, un récit relatif à l’expérience du cinéma dans la même collection, « Traits et portraits », que dirige Colette Fellous au Mercure de France : c’est donc un peu en « voisin de catalogue », pour oser le dire ainsi, que l’on a envie d’expliquer ce qu’on aime dans un livre où il est beaucoup question d’images, mais finalement assez peu de cinéma. À moins que…

Conformément au principe de la collection, Oublier la peinture suit une trame autobiographique : Olivier Assayas se propose, sans s’encombrer d’un dispositif textuel inutilement sophistiqué, de nous raconter ses débuts dans la vie. Des débuts de peintre, en l’espèce, au moment de son adolescence, à la toute fin des années 60 et au début des années 70 (il est né en 1955). Ce qui est immédiatement formidable, c’est l’élan qu’il y met, dans une prose presque hypermnésique où le goût du détail donne une saveur spéciale aux souvenirs, comme si des choses depuis longtemps retenues pouvaient se libérer là, dans le cadre d’une collection dont le principe est d’associer la confession à l’image.

On dirait que le cinéaste n’attendait que cela : revenir au tout jeune homme qu’il fut, retrouver ses doutes, l’ivresse relative d’une époque, le goût du dessin avant que la vie ne bifurque vers une autre façon de créer des images, de les montrer – le cinéma. Pas de mythification dans ce processus, mais une sorte de modestie maniaque et sûre, et l’art de restituer tout un contexte, de retrouver les noms des camarades, des voisins, des lieux, et de donner avec les nombreuses illustrations jointes un écho concret, visible, à ce qui pourrait sembler une rêverie du passé.

Dans cette manière, cette énergie, passe peut-


Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire

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