Musique

Comme des vierges – sur Confessions II de Madonna et Foreign Tongues des Rolling Stones

Critique

En sortant des albums et des vidéos liftées à l’IA, Madonna et les Rolling Stones font ce qu’ils savent faire de mieux : exhiber le statut iconique de la star, toujours déjà morte et éternellement vivante. Tout en regrettant le temps miraculeux de la communauté rebelle et de la fête comme rempart au capitalisme. Touchez leurs reliques et vous serez sauvé·es.

Attention, ce texte est déconseillé aux moins de cinquante ans. Il traite de l’intérêt à la fois entomologique et régressif que représente pour la génération X la sortie simultanée ou presque de nouveaux albums de Madonna (Confessions II, le 3 juillet) et des Rolling Stones (Foreign Tongues, 10 juillet). Godard avait filmé un entretien « avec un produit de consommation ». Là, on serait plutôt dans l’exégèse de la consommation de produits d’entretien, voire de réjuvénation.

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Pour connaître votre âge, il y a un test facile : si vous pensez que Sabrina Carpenter a invité un vestige pop à Coachella en la personne de Madonna, c’est que vous êtes jeune ; si vous pensez que cette dernière vampirise une jeune star (telles Britney Spears ou Nicki Minaj jadis) à qui elle survivra, c’est que vous êtes vieux (et optimiste). Si vous ne vous posez aucune question sur la participation de John Cale (ex-Velvet Underground, 84 ans) au dernier album de Charli XCX, c’est que vous êtes snob.

Pourquoi n’avoir pas ajouté Paul McCartney, 83 ans, et ses Boys of Dungeon Lane (29 mai) dans le corpus ? Parce que celui-ci vieillit à peu près « normalement », ce qui n’est pas le cas de Madonna et des Stones, présentant une momification par IA extraordinaire, voix aussi cristallines qu’à leur 20 ans et, dans le cas des Stones, un clip[1], « In the Stars », où les rockeurs apparaissent avec leurs visages et leurs corps de 1968. Ce qui rend la chanson plus appétissante, font remarquer les commentateur·ices du web, que si l’on voyait leurs têtes de 82 ans. En route pour l’éternité : on peut imaginer que même morts, Madonna et les Stones pourront continuer à produire des chansons, un peu comme les Beatles survivants avaient galvanisé les cadavres de John Lennon et George Harrison à l’occasion de la vidéo de « Now and Then » en 2023.

Âgisme

D’abord quelques notes sur la temporalité. Il s’est passé plus de temps (21 ans) entre Confessions on a Dance Floor de Madonna et Confessions II qu’entre


[1] Mais le clip est une forme morte depuis les vidéos verticales des réseaux sociaux – la « vidéo musicale » est désormais un mini-film ou rien.

[2] On peut donc supposer qu’il y a eu une sorte de reflux de l’âgisme en une génération, mais l’honnêteté oblige à se demander si une mauvaise raison ne serait pas cachée derrière ce bien : en tant que corps racisé, celui de Beyoncé serait perçu par la société blanch(i)e comme d’une « autre nature » et donc échapperait à la question de l’âge.

[3] La dialectique de la raison, 1944. Traduction Eliane Kaufholz, Gallimard, « Tel », 1974, pp. 170-173.

[4] Après avoir écrit ce texte, je tombe sur une interview d’André Manoukian où le musicien n’hésite pas à invoquer saint Augustin et la dimension testamentaire de l’album de Madonna. Pour ma part j’avais plutôt pensé à saint Antoine, mais je me suis retenu.

Éric Loret

Critique, Journaliste

Rayonnages

CultureMusique

Notes

[1] Mais le clip est une forme morte depuis les vidéos verticales des réseaux sociaux – la « vidéo musicale » est désormais un mini-film ou rien.

[2] On peut donc supposer qu’il y a eu une sorte de reflux de l’âgisme en une génération, mais l’honnêteté oblige à se demander si une mauvaise raison ne serait pas cachée derrière ce bien : en tant que corps racisé, celui de Beyoncé serait perçu par la société blanch(i)e comme d’une « autre nature » et donc échapperait à la question de l’âge.

[3] La dialectique de la raison, 1944. Traduction Eliane Kaufholz, Gallimard, « Tel », 1974, pp. 170-173.

[4] Après avoir écrit ce texte, je tombe sur une interview d’André Manoukian où le musicien n’hésite pas à invoquer saint Augustin et la dimension testamentaire de l’album de Madonna. Pour ma part j’avais plutôt pensé à saint Antoine, mais je me suis retenu.