Littérature

La nature reprend ses droits – sur L’Internationale des rivières de Camille de Toledo

Essayiste

Dans L’Internationale des rivières, un fleuve plaide devant des tribunaux, assisté d’avocats. Récit d’anticipation et réflexion juridique s’entrelacent pour penser les conséquences d’une révolution déjà en marche – droits de la nature, animisme, agentivité des entités non humaines – et refonder nos manières d’habiter la Terre.

L’Internationale des rivières entrelace un récit d’anticipation et une réflexion juridique, pour « recomposer, reconfigurer nos manières d’habiter ». Dans un future proche en effet, le fleuve L serait considéré comme une « personne », avec ses droits et ses avocats, pour plaider au tribunal des hommes contre ceux qui l’exploitent, l’enserrent à force de bétonnage ou de barrage.

publicité

La belle formule, « La nature reprend ses droits », rapidement épinglée par le narrateur du récit marque deux bascules fondamentales dans nos visions du monde : comment une entité vivante, la nature, réclame, se fait pour ainsi dire force agissante, à la manière d’une personne ou d’un personnage ; le périmètre des droits excède de loin les interactions humaines, et que l’homme face aux droits des entités autres qu’humaines ne peut se comporter comme maître et possesseur de la nature, selon les mots de Descartes si souvent commentés et discutés.

Le livre commence comme un conte : « Il était une fois une rivière, L, entravée par des barrages, de grandes infrastructures industrielles, des villes installées sur ses rives… » Il prolonge en fait l’entreprise collective entamée avec Le Fleuve qui voulait écrire dans lequel Camille de Toledo, en manière de chef de chœur, animait et consignait les auditions du Parlement de Loire, rassemblant juristes, anthropologues, artistes : il s’agissait dans ces auditions, sur le modèle des lois attribuant aux fleuves une personnalité juridique, de rassembler autour de la Loire une communauté appelant à écouter les besoins du fleuve. En 2016, Atrato ; en 2017, Whanganui et la Yamuna ; en 2023, la rivière Laje ; en 2024, la Mosquito River, etc. : le XXIe siècle a en effet été scandé par la reconnaissance d’une personnalité juridique aux fleuves et rivières, qui font émerger, sinon se soulever des personnes inouïes, que l’on écoutait peu jusqu’alors. L’Internationale des rivières imagine à travers un jeu d’anticipation quelques années plus tard, jusque ve


Laurent Demanze

Essayiste, Professeur de littérature à l'Université de Grenoble

Rayonnages

CultureLittérature