Littérature

Liées à la vie à la mort – sur la correspondance de Virginia Woolf et Vanessa Bell

critique

Les correspondances ont cet avantage : elles permettent de suivre au jour le jour un mouvement en train d’éclore, d’en apprécier la souplesse. Voici pour la première fois publiées les lettres échangées de 1903 à 1941 entre Vanessa Bell et Virgina Woolf, les deux sœurs artistes et complices, fondatrices du Bloomsbury Group. Une référence pour ceux que passionnent l’histoire de la littérature et des arts.

Les livres sont rares, qui soignent autant l’image, la texture et la composition que le volume intitulé Baisers du Singe. L’ouvrage réunit les lettres que Vanessa Bell, peintre, et Virginia Woolf, écrivaine, se sont échangées du 22 octobre 1904 au 23 mars 1941, cinq jours avant que Virginia s’en aille couler au fond de la rivière Ouse avec des pierres au fond des poches.

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Sans s’en rendre compte, le lecteur traverse deux guerres et presque un demi-siècle, et il ou elle plonge au cœur de ce qui fait l’essence – osons le mot – de la culture britannique, son idiosyncrasie et sa particularité, qui aussitôt se retourne en son contraire, l’universalité, par la grâce du talent de ces deux artistes sœurs.

Curieusement, ces lettres, nombreuses et parfaitement conservées, n’avaient jamais été éditées ainsi, comme un dialogue, pas même en Grande-Bretagne. Ainsi va la vie de l’édition, il arrive qu’un projet fructueux arrive d’ailleurs. Plus précisément, l’idée originale de ce projet revient à l’une des deux traductrices, Carine Bratzlavsky, qu’il faut saluer, de même qu’il faut saluer le travail éditorial puisque la publication française est accompagnée par une préface de Cécile Wajsbrot, un appareil de notes, un arbre généalogique, une liste des lieux cités (les deux sœurs ne cessent d’aller et venir dans Londres et hors de Londres), des plans, des photos noir et blanc, une bibliographie… qui font de cet ouvrage un trésor de précision et un repère, une référence pour tous ceux que l’histoire de la littérature et celle des arts passionnent.

Enfin, le livre est introduit par huit pages en couleur reproduisant le portrait des proches des deux sœurs, tous peints par Vanessa Bell. Et il finit de façon symétrique, avec la reproduction des couvertures originales conçues par celle-ci pour les romans de Virginia, édités par Hogarth Press, la maison que Leonard Woolf et elle avaient fondée. Arabesques, fleurs, motifs récurrents, teintes écrasées, abstraction naissante… : là en


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice

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