Cinéma

Côté théâtre, côté jardin – sur Soudain de Ryusuke Hamaguchi

Critique

Salué à Cannes par un double prix d’interprétation, le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi tient sur 3h15 le pari paradoxal d’un film au long cours qui fait l’éloge de l’instantané. Dans le jardin clos d’un EHPAD, la rencontre entre une directrice d’établissement et une metteuse en scène japonaise en fin de vie fait dialoguer le théâtre et le soin – et loge, sous une carapace délicate, tout un imaginaire libertaire des années 1970. Un mélodrame radieux, traversé de contradictions fécondes, en salle le 12 août.

Salué à Cannes (par un double prix d’interprétation pour Virginie Efira et Tao Okamoto), déclenchant des torrents lacrymaux lors des séances d’avant-premières organisées dans la foulée du festival, signé par un cinéaste très aimé, l’une des rares révélations du cinéma d’auteur de ces dix dernières années qui joue réellement la carte de l’humanisme, Soudain est déjà doté d’une réputation plus que flatteuse.

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Ce mélodrame radieux est un film qui nous aide, mieux que ça, un film qui prend soin de nous en nous donnant la clef de son jardin secret, lieu littéral et métaphorique à la fois. À savoir, le jardin d’un EHPAD, quelque part vers Paris. Un jardin qui n’est pourtant pas ouvert, qui ne dessine pas de grandes perspectives, et qui n’est pas non plus doté de la dimension symbolique accolée aux jardins japonais. Non. Il s’agit juste d’un jardin clos, réservé aux pensionnaires de l’établissement. Une antichambre de la mort ou la dernière parcelle où encore contempler les lueurs ordinaires d’un dernier printemps ? Les deux, évidemment.

Un lieu où tout peut commencer et tout peut finir. Un havre de paix comme une scène ouverte. Un lieu qui scelle la rencontre entre deux femmes d’une quarantaine d’années, une Française et une Japonaise, Marie-Lou directrice d’EHPAD et Mari une metteuse en scène de théâtre, deux femmes qui éprouvent un coup de foudre amical. La première dévoue sa vie à son travail. La seconde sait qu’elle va mourir d’un cancer. La pratique théâtrale de la seconde va infuser sur la méthode de la première – un protocole existant dénommé « humanitude », destiné aux personnes en fin de vie. Le jardin de l’EHPAD sera aussi bien investi comme lieu thérapeutique que comme scène ouverte. Deux mondes, le théâtre et le care. Deux cultures, la France et le Japon. Et des multiples interactions et porosités entre les deux, pour reconsidérer ces rendez-vous programmés avec la mort. Le temps que ce rendez-vous advienne, construire une petite utopie, qui se reflèt


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