Une identité à deux – sur La Meilleure d’Emmanuelle Lambert
D’Emmanuelle Lambert, on connaît bien, désormais, la manière subtile d’associer l’expérience biographique et l’érudition littéraire : qu’elle écrive sur son père ou sur Jean Genet, qu’elle raconte ses souvenirs d’Alain Robbe-Grillet ou les mêle au récit romancé de son propre apprentissage, on suit avec une curiosité et une admiration croissantes le parcours de cette écrivaine décidément singulière.

Et voici que nous arrive, publié chez un éditeur spécialisé sis dans l’Aveyron, un ouvrage d’une centaine de pages à peine, illustré de photographies : ne serait-ce pas un petit livre « de circonstance » ? Ne nous méprenons pas : La Meilleure est un grand texte intime, si bref soit-il, d’une beauté et d’une profondeur d’émotion simplement remarquables.
La première image qu’on y trouvera est celle d’un chien, gentiment assis à la porte d’un pavillon de banlieue que l’on devine à peine. Il semble ainsi nous attendre sur le perron du livre, comme le fera chaque photographie au seuil des neuf chapitres qui composent l’ensemble, sous l’enseigne d’un titre d’abord un peu mystérieux… « La meilleure », c’est en vérité la « meilleure amie », celle dont l’évocation depuis l’enfance guidera le parcours autobiographique et réflexif d’Emmanuelle Lambert – un parcours écrit et revécu tout à la fois, dans un mouvement simultané, purement littéraire, de fidélité et de recréation. Qu’est-ce alors qu’avoir et avoir eu une « meilleure amie » ? Qu’est-ce que cela dit du rapport au groupe et à la famille, aux garçons puis aux maris, aux enfants, à la solitude enfin qui menace tous les âges ? Rarement récit aura pris aussi joliment ces questions au sérieux.
Mais la « meilleure », c’est aussi la désignation de ce qui est peut-être la meilleure part de l’existence, laquelle n’appartient pas seulement à un passé révolu : elle est le temps retrouvé à chaque ligne, dans cette condamnation de l’oubli que constitue naturellement l’écriture. On le comprend dès le commentaire de la première i
