La vie déborde – sur Tombeau de Parsifal de Dimitri Bortnikov
Les animaux sont « peut-être les seuls qui savent prier. Juste avec les yeux. Mais l’homme qui prie ne sait jamais si sa prière est vraie ou pas », écrit Dimitri Bortnikov au dernier tiers de Tombeau de Parsifal : une prière est un mille-feuilles de croyances et d’intentions qui la rendent impossible à déplier ou à sonder (sinon, peut-être, « au bord du gouffre » – ou plutôt à l’instant où cède la rampe).

Écrire n’est pas prier, et d’autant moins lorsqu’il s’agit d’aboutir à un livre destiné à circuler de mains en mains, mais, sauf à se revendiquer détenteur d’une vérité ou d’une « bonne histoire » qui précéderait son geste pour le baliser de toute part, celui qui écrit ne sait pas davantage si ce qu’il écrit est « vrai ou pas », entre désir, croyances et intentions conscientes ou non. Et d’autant moins lorsqu’il aborde à l’inconnu dans les aléas de la mémoire, sans autre assurance que la justesse de la phrase à laquelle s’accrocher comme l’aveugle aux vibrations émanant du bout de sa canne – et c’est là, sans doute, dans cette vibration d’une langue qui s’aventure par fulgurances en quête d’une écoute improbable, que réside la proximité entre l’écriture et la prière, proximité qu’ont pu évoquer aussi bien Kafka que, plus récemment, Jon Fosse dans son discours de réception du Nobel, en 2023. Une proximité que ne peut qu’accentuer le risque que prend dès ses premières lignes Tombeau de Parsifal : nous parler de l’autre bord. Ou de l’autre côté des choses nommées, celui qui reste toujours à l’ombre, dans la doublure de la langue.
Après le pas de côté plus romanesque (au sens courant du terme) qu’aura été en 2021 L’Agneau des neiges (Rivages) précipitant une orpheline au cœur simple dans le cauchemar des 900 jours du siège de Leningrad sous les obus allemands (1941-1944), Bortnikov retrouve ici, dix ans après Face au Styx et quinze ans après Repas des morts, les parages du fleuve des enfers. La langue peut y atteindre à de hauts degrés d’incandescence chez ce
