Le sillage et le ressac – sur « Blackground : murmures des mornes »
Des monticules de terre de couleurs sombres posés au sol dessinent symboliquement les contours d’une cale de bateau en miroir de la Garonne qui coule en contrebas. Binta Diaw nous offre un regard inattendu sur la ville, avec l’œuvre Chorus of soil, installation datée de 2020.

Forme qui prend corps (et image) à partir de terre et de graines, le dispositif installé au Frac est une pièce monumentale qui interroge les mémoires enfouies de la traite transatlantique et reprend dans le détail le plan d’un navire négrier. Marquées par la violence visuelle du commerce triangulaire, celles-ci sont ici redessinées à partir d’une matière vivante en permanente évolution avec le terreau, entre creuset et nourrice.
Pour l’artiste, le sol (ground) n’agit pas ici comme un simple matériau, ce dernier prend les contours d’une archive, d’un corps vivant qui fait œuvre de mémoire où s’inscrivent ces souvenirs violents. Par le biais d’une mémoire commune, l’artiste rappelle les conditions et les possibilités de notre survie à toutes et tous au sein d’un écosystème qui s’embrase et dont notre été aura résonné le miroir et l’écho. Alors, à fond de cale, dans ce navire qui témoigne des liens ancestraux de la ville avec l’esclavage, s’écrivent et se décrivent de nouvelles images et interprétations d’un crime pluricentenaire. La terre conserve les traces des violences passées, mais elle est également le lieu de la germination, de la régénération et de la transmission. Au fil de l’exposition, les graines semées dans l’installation évoluent progressivement, se transforment et se déplacent, prenant ainsi l’image d’une oppression en parallèle d’un paysage de renaissance.
Mothership
De fait, c’est une embarcation inattendue qui accoste au Frac MÉCA avec son lot de passagers d’un règne végétal en devenir. L’œuvre de Binta Diaw est présentée en miroir d’un flot impassible, rappelant visuellement à la fois l’évidence et le saisissement, comme il se fait le sel du projet torrentiel, qu’est j
