Cinéma

Exposer les croisements – sur « Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins »

Journaliste

Le Musée national de l’histoire de l’immigration (Palais de la Porte Dorée) organise la traversée de six décennies de présences maghrébines dans le cinéma, sous des formes multiples. À l’intersection des mémoires et de l’actualité se déploie un parcours extrêmement riche par les questions qu’il suscite, comme par celles qu’il esquive.

Le 30 octobre ouvre une exposition dont l’intitulé est porteur de multiples promesses : « Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins[1] ». Le Musée national de l’histoire de l’immigration, au Palais de la Porte dorée à Paris, y met en scène un ensemble d’histoires enchevêtrées qui traversent près de 60 ans de la vie de ce pays.

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La première et incontestable vertu de cette proposition est de nature documentaire. Les commissaires de l’exposition, Clémentine Deroudille, Lucile Humbert Beldjoudi et Chloé Dupont, ont en effet réuni les témoignages visuels (affiches et photos), audiovisuels et sonores ainsi que des archives écrites de tous les marqueurs significatifs de la présence sur les grands écrans d’actes cinématographiques dus à des personnes « issues de l’immigration » maghrébine en France, à partir de 1969. Il importe d’avoir du temps pour visiter ce qui est mis en place au Palais de la Porte dorée, à la fois pour profiter du très large choix d’extraits de films proposés et pour s’attarder sur les informations fournies par les cartels, qui construisent des ponts entre les époques, les personnes, les situations. En contrepoint est aussi proposé le catalogue[2] qui porte le même titre que l’exposition, et en reprend l’esprit et le principe d’organisation mais avec un contenu assez différent, avec une succession de textes courts, qu’il s’agisse de descriptions factuelles, de portraits ou de brefs entretiens.

Pourquoi pas avant 1969 ? Parce qu’avant, il n’y a rien. Mettant à juste titre l’accent sur Mektoub ? d’Ali Ghanem, sorti de manière très confidentielle en 1970, l’exposition souligne le caractère tardif et extrêmement difficile, sous les pressions politiques et économiques, du début de mobilisation des moyens du cinéma pour montrer le sort des travailleurs immigrés. Apparu dans les marges, le processus fait face à l’indifférence sinon l’hostilité de l’industrie du film, qui frappe aussi les films réalisés par des… ah ! par des quoi ? on dit


[1] L’exposition est accompagnée de programmations de films restaurés pour l’occasion (Mektoub ? d’Ali Ghanem, Les Passagers d’Annie Tresgot, Bye Bye de Karim Dridi, Les Ambassadeurs de Naceur Ktari), de débats, d’un concert sous forme de carte blanche à Camelia Jordana. Plusieurs événements sont organisés en parallèle en région parisienne, à Marseille et à Rennes.

[2] Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins, sous la direction d’Ahmed Bedjaoui, Marie Pierre-Bouthier et Salima Tenfiche, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte dorée, 2026, 224 pages.

Jean-Michel Frodon

Journaliste, Critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po

Notes

[1] L’exposition est accompagnée de programmations de films restaurés pour l’occasion (Mektoub ? d’Ali Ghanem, Les Passagers d’Annie Tresgot, Bye Bye de Karim Dridi, Les Ambassadeurs de Naceur Ktari), de débats, d’un concert sous forme de carte blanche à Camelia Jordana. Plusieurs événements sont organisés en parallèle en région parisienne, à Marseille et à Rennes.

[2] Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins, sous la direction d’Ahmed Bedjaoui, Marie Pierre-Bouthier et Salima Tenfiche, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte dorée, 2026, 224 pages.