Littérature

Transfuite de classe – sur Lady Diana, ma mère et moi de Laura Tinard

Critique

Été 1997, à Nice : Cindy, sosie de Lady Di, se fait passer pour la princesse, s’invente un Dodi à moustache et embarque sa fille de onze ans dans l’imposture, jusqu’au tunnel de l’Alma. Dans son second roman, entre portrait de cagole déviante et récit de transfuge de classe, Laura Tinard fait de la figure maternelle beauf une leçon de survie et ausculte le « poison » de l’image de soi.

«Ma mère avait beau zapper, on ne sortait pas du tunnel. » C’est beau comme un commentaire de Deleuze sur les autoroutes de l’information dans les sociétés de contrôle, c’est-à-dire celles où l’on se contrôle soi-même sans plus aucun besoin de coercition extérieure : « Trente ans à l’avance, elle explorait ce qui deviendrait le mal du prochain siècle avec l’essor des réseaux sociaux », écrit la narratrice à propos de Lady Diana. « Ce mal de l’image de soi, elle l’a porté seule, sans personne à qui confier ce poison. »

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La mère finit par sortir du tunnel cependant, les pieds devant, et ce dès le début du roman : « Je regrette sincèrement de ne pas être cette fille qui a beaucoup de chagrin pour sa défunte mère au point d’être contrainte de mettre sa vie sur pause. » La narratrice a réussi, à l’âge adulte, à devenir une étrangère, a refait sa vie à Londres où elle occupe « un poste de programmatrice pour une grande Biennale d’art contemporain » tout en écrivant des romans. Elle est née à Nice (comme l’autrice) de Cindy Mastriani, « cadette d’une famille corse de dix enfants » échappée vers la grande ville métropolitaine.

Cindy présente la troublante particularité d’être un sosie de Lady Di. Le récit commence en août 1997 dans la Cité des Anges. Cindy se fait passer pour la princesse et fréquente Carlos, un riche Espagnol amarré à un yacht baptisé le Scorpion. Ce sera son Dodi Al-Fayed, moustache incluse (qu’elle l’oblige à laisser pousser). Rebecca, onze ans, la narratrice donc, sera sa « fille cachée » putative et, comme on l’imagine étant donné la date, cette comédie ne pourra que se terminer assez vite.

Car ce qui semble au début n’être qu’un jeu se transforme peu à peu en lubie contagieuse : Cindy pense-t-elle réellement être Lady Diana ? Dans un des passages les plus délirants du livre, on apprend que la princesse Cindy se rend régulièrement en famille au centre de tir local pour une partie de « chasse à courre » munie de William et Henry, lesquels ne so


[1] Catherine Tourre-Malen, « La figure marseillaise de la « cagole » : hyperféminité assumée versus vulgarité stigmatisée ? », Recherches féministes, Volume 34, numéro 1, 2021.

Éric Loret

Critique, Journaliste

Rayonnages

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Notes

[1] Catherine Tourre-Malen, « La figure marseillaise de la « cagole » : hyperféminité assumée versus vulgarité stigmatisée ? », Recherches féministes, Volume 34, numéro 1, 2021.