E Entretien

Rediffusion

Anna Tsing : « Je pars d’un constat : nous vivons dans les ruines du capitalisme. »

Critique

Et si l’on étudiait le capitalisme, ses évolutions et ses impasses, à travers un champignon ? Tel est le pari d’Anna Lowenhaupt Tsing, anthropologue américaine et auteure d’un des ouvrages de sciences sociales les plus remarqués de ces dernières années, Le champignon de la fin du monde (La Découverte). La précarité étant la condition de notre temps, il s’agit alors pour elle de s’intéresser aux « arts de vivre sur une planète abîmée ». Rediffusion d’été.

Anna Lowenhaupt Tsing est une anthropologue américaine, et l’autrice d’un des livres récents les plus remarqués et commentés en sciences sociales, Le champignon de la fin du monde, qui nous entraîne sur la piste du matsutake, un champignon aromatique prisé par les Japonais, qui a la particularité de croître dans les « ruines du capitalisme ». Sur ses traces, dans l’État de l’Oregon, au Japon, en Finlande, en Chine, au Canada, elle réfléchit aux transformations du capitalisme et à nos perspectives contemporaines, alors que la précarité tend à être la condition de notre temps.
Le champignon de la fin du monde est à l’image de son objet : foisonnant, multiple, prêt à se répandre et à déployer ses spores dans différentes directions. Il s’inscrit dans ce que d’aucuns considèrent comme un tournant, où les pratiques en anthropologie seraient réorientées, chaque époque générant certainement des théories qui reflètent ses préoccupations.  Ces nouvelles pratiques remettraient en cause la connaissance objective de l’« homme » et l’autonomie d’une « nature humaine », en replaçant son étude dans la série de relations avec les non-humains. Ce « tournant » est incarné aux États-Unis par Donna Haraway ou Eduardo Ko...

Ysé Sorel

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