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Joana Hadjithomas & Khalil Joreige : «Les Libanais réalisent que, loin de les protéger, leur communauté les vole»

Journaliste

Les artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ont fait de l’histoire du Liban, de la guerre civile qui l’a ensanglanté entre 1975 et 1990, le cœur d’une œuvre qui interroge la façon dont ce passé surgit dans le présent. Alors que leur pays est agité depuis plus de vingt jours par une révolution qui a surpris dirigeants et observateurs, ils ont accepté de partager leur regard sur les événements.

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Malgré la démission du premier ministre Saad Hariri, la contestation se poursuit au Liban. Ce mercredi, des milliers de femmes ont ainsi investi le centre-ville de Beyrouth pour marquer le 21e jour d’une révolte contre l’incurie et la corruption de la classe dirigeante. La révolution libanaise a surpris : ce pays qu’on présentait comme irrémédiablement communautariste, dont la constitution instaure une division des pouvoirs entre chrétiens maronites, musulmans chiites et sunnites, a vu surgir un peuple uni. Une page ouverte depuis la fin de la guerre civile, qui a divisé le pays entre 1975 et 1990, semble ainsi se tourner. Cette guerre, les images qu’elle a produites, l’histoire qu’elles racontent sont au cœur de l’œuvre des artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Plasticiens et cinéastes, lauréats du prix Marcel Duchamp en 2017, ils travaillent dans leurs films, installations, sculptures, dessins et photos la question de la trace, des archives. Entre géologie, archéologie et histoire, ils s’interrogent sur la façon dont le passé surgit dans le présent. Ils répondent ici d’une seule voix. RB

Comment avez-vous vécu ces dernières semaines et les manifestations au Liban, qui partent d’une taxe supplémentaire sur la messagerie WhatsApp mais qui dépassent largement cette question ?
Comme un soulagement et une sorte de rêve exalté et inquiet en même temps. Nous devions participer à Beyrouth, au Forum artistique et culturel Home Works qui tenait sa 8e édition pour présenter une performance sur le vertige. Khalil a peur du vide, mais pour nous cette peur symbolisait aussi le grand désespoir dans lequel est plongé le Liban depuis un très long moment, et qui touche toutes les générations. Ce vertige, c’est aussi le sentiment et la sensation que nous ressentons face aux manifestations. Un vertige, car contrairement à toutes les autres manifestations qui ont parfois été très nombreuses et très mobilisées, celle-ci émane de partout, et ne comprend ni centre ni h


Raphaël Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC

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