Inégalités

Anne Case et Angus Deaton : « Le niveau d’étude, c’est comme un couteau remué dans la plaie »

Journaliste

Les morts de désespoir ont fait chuter l’espérance de vie aux États-Unis, jusqu’à la faire baisser à partir de 2014. Les deux grands économistes de Princeton, Anne Case et Angus Deaton, montrent dans leur nouvel ouvrage comment la classe ouvrière blanche a été la plus sévèrement touchée ces dernières années par le phénomène. Point de départ d’une analyse puissante de l’évolution de la structure des inégalités qui n’est pas sans donner des clés d’explication du phénomène Trump et du populisme qui perdure.

publicité

Anne Case et Angus Deaton sont deux économistes américains importants, proches de la nouvelle administration Biden, et qui s’intéressent aux causes et aux manifestations des inégalités. En 2015, Angus Deaton a reçu le Prix de la Banque de Suède, considéré comme le Nobel de l’économie, « pour son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être ». Ensemble, ils développent depuis plusieurs années une analyse de ces questions en s’intéressant à un phénomène peu étudié : les « morts de désespoir ». Morts de désespoir, l’avenir du capitalisme c’est le titre de leur nouvel ouvrage, publié aux presses de Princeton en mars 2020 et qui paraît dans quelques jours dans une traduction de Laurent Bury aux Presses Universitaires de France. En se penchant sur la baisse inédite de l’espérance de vie des américains en 2014, qui s’est poursuivie plusieurs années de suite, les deux économistes ont mis en évidence l’importance des suicides, de l’alcoolisme et de la crise des opiacés qui a frappé plus durement une catégorie souvent oubliée : les hommes blancs entre 25 et 55 ans sans diplôme. Ceux-là même qui ont voté massivement pour Donald Trump. C’est le point de départ d’une analyse sans concessions des dérives du capitalisme, non pour en sortir mais pour le remettre sur des rails, et pouvoir lui penser un avenir. RB

Les émotions sont de plus en plus prises en compte par les économistes, pourtant mesurer le « désespoir » n’a rien d’évident. Comment est-ce devenu un objet de vos recherche, comment l’avez-vous construit ?
Anne Case : Nous n’avons pas tant utilisé le désespoir comme un « objet » que comme un symptôme, le symptôme d’une crise profonde aux États-Unis. Nous avions constaté que les suicides et les décès dus à des overdoses ou à l’alcool étaient en hausse au sein de la classe ouvrière blanche depuis le début des années 1990. D’année en année, les chiffres augmentaient, inexorablement. Cette augmentation est le fruit de ce que nous avons appelé les « mor


Raphaël Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC

Rayonnages

International Économie