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Achille Mbembe : « La lecture occupe une trop grande partie de ma vie »

Journaliste

Après Arlette Farge puis Maylis de Kerangal, c’est au tour du théoricien de la politique Achille Mbembe de se prêter, depuis Johannesburg, au jeu de l’île déserte et de nous révéler, dans le cadre d’une rencontre à la Fondation Pernod Ricard, quels sont les dix livres qu’il emporterait avec lui en pareille situation de confinement extrême. Une pile de pavés et de frêles volumes qui mêle histoire, psychanalyse, féminisme, géographie et littérature.

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Auteur d’ouvrages déjà classiques (Critique de la raison nègre, Politiques de l’inimitié ou encore Brutalisme), professeur d’histoire et de sciences politiques à l’université de Witwatersrand, Achille Mbembe est assurément l’un des plus grands penseurs du continent africain. Il est aussi, depuis le lancement, l’un des plus réguliers compagnons de route du quotidien AOC, dans les colonnes duquel il a publié analyses, opinions et critiques. À l’occasion d’une rencontre à la Fondation Pernod Ricard, il a accepté de changer de rôle en se prêtant, depuis Johannesburg, au jeu de l’île déserte et en commentant avec passion et rigueur chacun des dix livres qu’il a choisis. Bienvenue dans la bibliothèque d’Achille Mbembe. SB

Comment êtes-vous parvenu à cette liste ? Fut-il difficile de ne retenir que dix titres parmi tous les livres importants pour vous ?
Le choix fut assez difficile. Au bout du compte, j’ai fait confiance à mon intuition, c’est-à-dire à une série de questions pas nécessairement explicites mais qui parcourent mon esprit, qui m’habitent, sans que je puisse leur donner une voix tout à fait formelle et systématique. Je me suis retrouvé sur une route qui m’a amené vers ces dix titres dont certains sont de véritables briques – 400 pages, 500 pages, mille pages – et d’autres sont de tous petits livres d’à peine 80 pages, mais qui parlent d’une façon que je n’avais jamais entendu auparavant.

Quelle place occupe la lecture dans votre travail au quotidien et, plus généralement, dans votre vie ? Y a-t-il eu un moment où vous avez basculé dans ce monde des livres, un moment décisif dans votre parcours biographique ?
Oui, j’ai appris à lire très tôt dans ma vie et j’ai également appris à accorder à la lecture une place éminente – pour ne pas dire que la lecture occupe une trop grande partie de ma vie. Je lis pour le travail, mais je lis aussi juste pour pouvoir dormir, pour pouvoir voyager, surtout qu’en ce moment nous sommes assignés à résidence – même si nou


Sylvain Bourmeau

Journaliste, directeur d'AOC