Édition

Jean-Louis Gauthey : « La bande dessinée du réel est une imposture intellectuelle absolue »

Journaliste

À l’occasion des 30 ans de Cornélius, son fondateur Jean-Louis Gauthey revient sur l’histoire de cette maison d’édition alternative, qui a participé activement au renouveau de la bande dessinée. Le catalogue construit au gré des goûts et des passions de son fondateur ne se fixe aucune limite dans le temps ni dans l’espace, et explose allègrement les catégories habituelles du genre. Cornélius, c’est aussi une affaire d’engagement personnel, dans un secteur devenu un véritable casse-tête économique.

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Nées il y a tout juste 30 ans à Paris, les éditions Cornélius ont rejoint depuis quelques années la Fabrique Pola à Bordeaux, où l’on trouve aussi Les Requins Marteaux, autre acteur important de l’édition alternative de bande dessinée. Alternative, et pas indépendante, Jean-Louis Gauthey y tient car quelle que soit la taille du catalogue, le nombre d’auteurs ou de titres publiés chaque années, l’édition reste une industrie avec ses contraintes et ses obligations. Ce qui n’empêche pas l’éditeur-fondateur d’avoir ses idées sur la dérive de la surproduction et les difficultés des auteurs et des autrices à vivre de la bande dessinée aujourd’hui, ils sont 70 % à ne pas y parvenir. Dans cet univers, Cornélius – qui doit son nom autant à Gustave Lerouge qu’à Castoriadis et à Babar – a su garder le cap de l’exigence graphique, et de l’édition de qualité. Le catalogue, qui va de Gus Bofa à Blutch en passant par Charles Burns, Shigeru Mizuki, Jean-Marc Rochette, Robert Crumb, Anouk Ricard, Willem et bien d’autre, raconte une histoire qui va bien au-delà de ses trois décennies d’existence. RB

Cornélius a été créé en 1991, à une époque d’effervescence pour l’édition de bandes dessinées. Qu’est-ce qui vous pousse alors à vous lancer dans cette aventure ?
À l’époque, la bande dessinée vient de vivre une crise économique, et une crise artistique, qui a provoqué la disparition de plusieurs maisons d’édition importantes comme Artefact en 1986. D’autres se font absorber pour survivre, comme Futuropolis par Gallimard en 1988 ou la même année Dargaud qui est racheté par Médias-Participations. C’est sur ces ruines que se créé l’Association en 1990, puisque à l’origine les fondateurs Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Mattt Konture, Stanislas et Mokeït devaient monter leur projet éditorial chez Futuropolis avec la revue Labo. La faillite et le rachat les ont décidés à se prendre en main et à créer cette structure. Ils n’étaient d’ailleurs pas les premiers, dans l


Raphaël Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC