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Gary Gerstle : « Biden n’est pas encore Roosevelt, et ne le sera peut-être jamais »

Journaliste

Depuis son discours au Congrès fin avril, et ses annonces de grands plans de relance et du retour du gouvernement fédéral, Joe Biden est comparé à Franklin D. Roosevelt et sa politique à celle du New Deal. C’est une période que l’historien américain Gary Gerstle, auteur d’un ouvrage sur « l’ordre du New Deal », connaît bien. S’il est surpris par le virage d’un président qu’on attendait très centriste, il insiste aussi sur le fait qu’en comparaison avec son illustre prédécesseur, il n’en est encore qu’au stade du rêve.

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Joe Biden a surpris beaucoup d’observateurs au cours des 100 premiers jours de sa présidence. D’abord par l’audace de ses plans de relance, mais aussi par sa façon de faire tomber un à un les tabous biens ancrés dans la politique américaine de la fiscalité, de l’action du gouvernement fédéral, de la plus juste répartition des richesse… Élu d’abord contre Donald Trump, pour répondre à la crise sanitaire, il est désormais comparé à Franklin Delano Roosevelt et à sa politique du New Deal. C’est aller un peu vite estime Gary Gerstle, professeur à Cambridge, spécialiste du socialisme aux États-Unis, mais aussi de ce qu’il a appelé « l’ordre du New Deal » des années 30 aux années 70 et de « l’ordre néolibéral » qui s’étend des années 80 à 2016 très précisément. Pour le grand historien américain, un ordre politique advient quand le parti dominant ne se contente pas de gagner, mais qu’il devient capable de plier le parti d’opposition à sa volonté, à ses thèmes de prédilection. À cet égard, Biden n’en est encore qu’au stade du rêve rooseveltien de transformation, et pourrait même n’être qu’une parenthèse avant l’instauration d’un ordre trumpien, autoritaire et oligarchique. RB

Après 100 jours au pouvoir, Joe Biden est régulièrement comparé à Franklin D. Roosevelt, comme si la réponse apportée par le 47e président des États-Unis à la crise du Covid-19 rappelait celle du 32e à la crise économique de 1929. Que pensez-vous de ce parallèle ?
Joe Biden a surpris beaucoup de monde, à commencer par moi. Il est présent à Washington depuis 47 ans, comme sénateur puis comme vice-président de Barack Obama, c’est un professionnel aguerri de la politique, mais finalement on le connait peu. Son nom n’est associé à aucun texte de loi important, et il n’est certainement pas considéré comme une grande figure réformatrice. Il a bien servi Obama, tout en restant dans son ombre, et lors des primaires les électeurs ont voté pour lui non pas pour son bilan politique, mais parce qu’il n’y


Raphaël Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC